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La poésie vogue en liberté.Le temps passe survivent les mots car être écrivain, c'est errer dans l'espace avec un crayon.
June 25 Mystères éoliens. Chapitre 34 : Mes longs vols au Canada de la forêt à la toundra.MYSTERES EOLIENS
Chapitre 34
MES LONGS VOLS AU CANADA DES FORÊTS A LA TOUNDRA.
Sitôt répondu à Chloréale, Avisophe remarqua que le goéland ne cessait de le regarder fixement avec une insistance mêlée de curiosité. Interloqué par cette attitude inattendue de la part de son ami volatile, le harfang le prit à partie : - Je ne sais ce qui t’arrive mon cher Becauvent mais voici un petit bout de temps que tu ne décroches plus ton regard de ma personne. Puis-je savoir ce qui me vaut cet intérêt croissant pour ? Pour toute réponse, il vit le jabot du goéland se gonfler puis se dégonfler à plusieurs reprises. Il sentit que le goéland retenait une expression. -Vas - tu te décider à me répondre, je te prie ? N’y tenant plus, Becauvent se laissa aller et son pleur se transforma en un gigantesque éclat de rire rauque et sonore qu’il ne put arrêter. Le harfang n’y comprenait rien. Onduline, tout aussi perplexe devant le comportement de Becauvent s’en mêla : - Tu ris c’est bien, mais pourrais-tu avoir l’amabilité de nous faire partager la raison de ce fou rire intempestif ? Le goéland tenta d’arrêter son rire et, entre deux retenues, laissa échapper difficilement : - Mais… Mais … Avisophe... Puis son rire bruyant et strident, coupé par des glapissements haut perchés, l’empêcha de continuer. - Mais... Mais... Avisophe ! Avisophe ! Tu me surprendras toujours ! Tu... Tu... Tu es impayable ! Sautillant d’une patte sur l’autre, secoué par de petites convulsions qui faisait se gonfler son jabot, le goéland laissait partir de brefs cris éraillés entrecoupés de quelques silences. Avisophe, quelque peu interdit par ce comportement ne savait que dire et écarquilla ses grands yeux jaunes. Bricta interpella le trouble-fête toujours hilare : - Une bonne fois pour toutes que se passe-t’il Becauvent ? Petit à petit, l’oiseau se calma et put se confier : - Je disais …euh… je n’ose pas. Je ne sais si je peux en dire plus. La déesse, sur un ton autoritaire, l’avertît : - Ça mon cher Alphonse Becauvent, c‘est avant qu‘il fallait y penser. Tu en as dit trop ou pas assez et en ce qui te concerne, ce serait plutôt pas assez. Donc, tu vides ton jabot une bonne fois pour toutes. Regardant de harfang de bas en haut et de haut en bas avec attention, l’oiseau s’exclama : - Avisophe ! Mais … Tu as... Tu as des plumes aux pattes ! Oui ! Tu as des plumes aux pattes ! Et pas qu’un petit peu. Des plumes aux pattes ! J’aurais tout vu. Regardez, vous autres, regardez donc ces touffes, elles valent le coup d’œil ! Stupéfaites par la remarque de Becauvent, aucune ne parut pourtant étonnée. Chloréale lui répondit : - Mais nous les avions remarquées. Il n’y a que toi pour n’avoir rien vu. Il est vrai que tu ne peux pas jouer les amuseurs de galerie, séduire des mouettes en vadrouille, aller nous chercher à manger, revenir dans un triste état de ton expédition et t’apercevoir que ton ami est vêtu ainsi. - Ah ? Vous vous en étiez aperçus ? Il n’empêche que je trouve cela très rigolo. Des plumes aux pattes, c’est fort inattendu ! Est-ce que j’ai des plumes aux pattes moi ? Avisophe, il n’y a pas à dire, en matière d’accoutrement tu es un grand original ! - Original ? Tiens donc ! Et toi, avec tes battoirs aux pattes, tu ne penses pas faire preuve d’originalité ? Je suppose qu’ils te servent à ramasser le sable et les galets pour imiter les petits hommes qui font des tas de sable sur les rivages? - Mais pas du tout ! Ces palmes sont comme les rames qu’utilisent les amis marins. Grâce à elles, je file dans l’eau. - Donc, si toi tu n’as rien d’original avec ces palmes, en ce qui me concerne, je ne suis aucunement ridicule ? - Aucunement ! Dis-moi Avisophe, par curiosité puis-je les toucher ces plumes aux pattes ? - Aucun problème mais à une seule condition. Tu fais très attention et tu ne froisses pas ces plumes tu m’entends ? Souviens-toi que je tiens à toujours avoir sur moi un plumage propre et bien lisse. - Je te rassure. C’est juste pour me rendre compte de la qualité de ces plumes. Le goéland s’approcha d’Avisophe, se pencha et, du bout de ses palmes, caressa les plumes qui recouvraient les pattes du harfang. - Incroyable ! Elles sont d’une douceur ! Je n’en reviens pas. Dis donc, quelle épaisseur tu as ! Mais pourquoi donc ce plumage si bas placé ? Je trouve cela plutôt étrange. - Etrange ? Mon cher Becauvent, si tu te déplaçais un peu plus, tu pourrais observer les hommes en hiver. Il leur arrive de porter à l’extrémité de leurs pattes le même type de protection fait avec de la fourrure. Cela n’a rien de bizarre vois-tu ! - Cela ne me dit pas vraiment pourquoi tu as une telle épaisseur de plumes à cet endroit. Tu portes déjà un plumage très dru partout sur le corps, cela ne te suffit donc pas ? - Non, car d’où je viens, c’est une protection lorsque les grands froids hivernaux et leurs désagréments arrivent. Onduline questionna le harfang : - Il fait si glacial que cela sur ton mat ou dans ton beffroi ? Le froid est donc si intolérable sur les rivages de la mer du Nord ? - Onduline, ce n'est pas vraiment le cas dans le Nord mais je te rappelle que j’arrive du Canada et l’hiver là-bas n’a rien à voir avec ceux que tu connais. Dans cette contrée démesurée, lorsque les vents agressifs se déchaînent en hiver, ces plumes et mon plumage très épais me servent à me protéger des rigueurs du froid. C’est grâce à ces plumes que mes pattes ne sont pas gelées. Elles sont ma meilleure armure contre le gel vois-tu. Si je n’ai pas succombé aux froids des vents infernaux qui soufflent près du pôle, c’est uniquement grâce à la qualité de ce que je porte sous mon plumage : cet épais duvet d’excellente texture ! Becauvent réagit : - Justement, nous ne voyons rien et nous ne sommes pas au Canada ici. Cela ne nous aide pas beaucoup dans la compréhension de ton explication. - Le Canada, Becauvent est un pays si vaste qu’il s’étale de régions fort accueillantes jusqu’au limites de l'Arctique. Au cours de mes nombreux vols, je me suis laissé aller jusque dans la toundra arctique, endroit plutôt désert où il m’est arrivé d’être pris par une tempête de neige. - Une tempête de neige, ce n’est tout de même pas ce qui t’a arrêté ? - Si ! Justement parce les tempêtes de neige au pôle n’ont rien de comparables avec les petites danses de flocons auxquelles tu as du assister par ici. Là bas, elles sont d’une violence inouïe et pour tout arranger, le purga s’en mêle. Onduline questionna Avisophe : - Le purga ? Qu’est ce donc encore ? - Le purga ? Voilà un vent qui arrive d’une autre immensité neigeuse et glacée, la Sibérie. Un vent qui descend du nord sans aucune retenue. Il ne vient jamais seul et s’accompagne de tourbillons de neige et de glace. Il est d’une sauvagerie telle qu’il peut aller jusqu'à t’estourbir. Il est si exécrable qu’il peut en devenir fort dangereux pour les êtres vivants. Alors je me perche sur un pingaluk et pour me protéger, j’augmente de volume grâce à la couche épaisse de mon duvet blanc. - Chloréale, pensive, l’interrompit : - Avisophe, tu pourrais nous donner tes explications dans notre langage ? Ce serait plus commode ! - Pourquoi ? Je ne suis pas assez clair ? - Pas toujours. Tu nous as parlé de pingaluk. Qu’est ce donc que cela ? Un arbre ? - Ce sont des tas de neige gelée très fréquents dans la toundra du Grand Nord. Becauvent reprit la parole : - Ainsi, tu te défends de la sorte contre ce vent agressif ? - Absolument Becauvent. - Avisophe tu pourrais nous faire une petite faveur s’il te plait ? - Toi, je te vois venir. Tu veux te rendre compte de l’effet que cela donne. - C’est cela, tu as deviné. - Je vais vous donner un aperçu afin que vous ayez une petite idée de ce que cela représente et pourquoi ce plumage m’est si utile. Plus aucun des occupants de la grotte ne bougea. Un silence se fit et ils guettèrent la démonstration du harfang. En quelques secondes, l’oiseau se mit à grossir, son plumage augmenta de volume et le recouvrit presque totalement. Onduline demeura interdite devant une telle démonstration. Le plumage blanc avait pris tant d’ampleur que seuls émergeaient le bec et les griffes de l‘oiseau. Le goéland se rapprocha de son copain et tenta de le regarder dans les yeux. Cela lui fut presque impossible : - Regardez ! C’est inimaginable ! Ses plumes recouvrent toute sa tête. Vraiment stupéfiant ! De ses plumes émergent ses grands yeux ronds et jaunes qui ne bougent pas du tout. Chloréale, tout aussi abasourdie libéra un commentaire surpris : - C’est fantastique ! Il a carrément doublé de volume ! Ce doit être vraiment une fameuse protection contre ce vent dont il nous parlait. ! Tous acquiescèrent, effarés devant le spectacle auquel ils venaient d’assister. Petit à petit, assez fier de l’effet qu’il avait fait sur ses amis, Avisophe remit ses plumes en place, passa de légers coups de bec dessus pour les lisser et les remettre en ordre puis s’adressa au goéland : - Alors, satisfait ? A ta tête et ton expression, j’annoncerais même, étonné ! - Plutôt oui ! Quelle démonstration mon cher ! J’en suis encore tout coi ! Quel superbe plumage ! Je le savais beau mais pas à ce point ! - Que veux-tu Becauvent, ces plumes et cet épais duvet sont une protection mais aussi un vêtement d’apparat pour moi ! Ce plumage je l’entretiens, il fait ma fierté vois-tu ! - Pour voir j’ai vu ! Qu’il te protège, je le conçois et je comprends que tu tiennes à l’entretenir mais pourquoi une telle fierté ? - Pourquoi ? Mais si je ne le préservais pas, je ne porterai plus qu’un vêtement pire que le plumage d’un vieux coq de basse-cour dégarni et décati. - Comment ça ? Quel vêtement ? Tu veux nous dire que sans ce plumage là, tu n’aurais plus aucune fierté ? - Exactement ! Et je suppose que les autres me comprennent. Si je n’entretenais pas ce plumage que tu as vu à l’œuvre, il perdrait de sa superbe, mes plumes seraient ternes, sans aucun attrait. Je serais uniquement revêtu d’une cape d’opprobre et ma dignité serait souillée ! Brigantia intervint pour temporiser les propos du harfang : - Peut être pas à ce point Avisophe. Que tu sois en fier se comprend mais pas au point de te sentir déshonoré s’il te faisait défaut. - Que vous croyez Brigantia ! Avec d’autres plumes sur le corps, j’aurais honte et j’aurais l’impression d’être vu comme déplumé. Je ne pourrais pas m’exhiber vêtu de la sorte sans me sentir entaché d'une quelconque faute comme n'importe quel moineau ou autre passereau ! Ce serait trop me demander et je ne supporterais aucun regard. Il ne me resterait qu’une solution pour cacher ma honte. - Nonnn ! Avisophe tu n’irais pas jusque là tout de même ! Tu ferais fi de ton instinct de survie pour quelques plumes ? Onduline donna son avis à son tour : - Avisophe, ne nous dit pas que tu t’exilerais pour cela ? - Boudious ! Pire mes amis ! Pire ! Je me retirerais à l’écart et resterais cloitré au plus profond d’un arbre creux, à l’abri de tous regards, là où aucun autre animal ne s’égarerait. Et là, j’attendrais que de nouvelles plumes repoussent afin de retrouver ma splendeur d’antan. La déesse n’en revenait pas. Cet oiseau tenait autant à son plumage qu’à son langage. Pour lui, cette parure était une alliée, une amie qu’il chérissait : - Ah tu les aimes tes petites plumes, tu les dorlotes ! Mais tu es un vrai père pour elles ! Avisophe se dressa sur ses griffes et presque en riant, s’exclama : - Absolument Brigantia ! Imaginez donc Chloréale sans plus aucun pétale ou vêtue d’une corolle flétrie, elle perdrait toute grâce. Et Becauvent sans son plumage ? Vous plairait-il autant ce séducteur patenté ? Et vous, déesse, avec tout le respect que je vous dois, que ressentiriez-vous si j’arrachais votre superbe toge ? Vous vous sentiriez mal à l’aise ! - Aucunement Avisophe ! - Mais alors … C’est à n’y rien comprendre. Vous, une divinité, et qui plus est celle de la Lumière, vous n’auriez donc aucune fierté ? - Si Avisophe, nous avons un très grand sens de l’honneur et de la dignité mais cela ne me gênerait aucunement car personne ne me voit. Vous seuls dans cet antre avaient la chance de savoir à quoi je ressemble et c’est un immense privilège que je vous accorde. Au dehors, tous ignorent ma présence. Ils me devinent mais ne m’aperçoivent jamais. A peine terminée l’explication de Bricta, que Becauvent à son tour reprit la parole : - Tout de même, quelle comédie pour quelques plumes ! Comédie ? Que dis-je ? Tragédie ! Notre ami vivrait une tragédie insurmontable ! Brigantia pressentit que Becauvent s’aventurait sur un terrain sujet à disputes : - Et il ne t’arrive jamais de perdre des plumes Becauvent ? - Perdre des plumes ? Non jamais ! - Pas même quelque menu duvet quand tu t’accroches avec d’autres oiseaux ? - Si ! Quand je me chamaille avec d’autres goélands pour un poisson ou un bout de lard, j’y laisse quelques bouts de barbules mais pas au point de me sentir humilié ! - Et pourtant, dis-moi, tu as perdu des plumes voici peu et tu ne faisais point le fier. - Ah ? Et quand donc ? Pourriez-vous me rafraîchir la mémoire Bricta ? - Mais avec plaisir ! Pas plus tard qu’hier lors de ta mémorable expédition et surtout lors de ton épique combat ! - En effet mais là, j’ai été attaqué ! - N’inverse pas les rôles veux-tu ! Les dieux ne t’ont nullement invité à leurs festivités orageuses que je sache ? A aucun moment ils ne sont venus te chercher. Je crois me souvenir que tu t’es incrusté de façon plutôt belliqueuse et que tu nous es revenu avec quelques plumes roussies ! Tu étais moins hautain à ce moment ! Pourtant ce n’étaient que quelques plumes ! Becauvent se renfrogna pour éluder la réponse : - Si on parlait d’autres choses voulez-vous ? Tiens ! Puisque qu’Avisophe ne cesse de nous ressasser son histoire de Canada, ce serait peut être l’occasion pour lui de nous raconter ce qu’est son pays natal puisqu’il y a tant de souvenirs émouvants. Chloréale enchaina sur la proposition de son ami : - C’est une excellente idée. Pour un petit nénuphar comme moi, ce sera l’occasion d’apprendre un peu où je pourrai me retrouver si je parviens à voyager aussi loin. Allez Avisophe, raconte-nous donc où tu es né et comment sont ces régions que tu nous décris si grandes et si belles avec tant de passion. - Le Canada, si vous y alliez ne fut ce qu’une fois vous y resteriez ! Vous tomberiez amoureux de mon grand pays natal. Ce pays où je suis né reste cher à mon cœur. Si cher que je me remémore aisément le jour de ma naissance. Lorsque j’ai éclos de mon œuf, la première vision que j’ai eue fut celle de ma mère, grande, fière et superbe dans son plumage blanc, un sublime plumage plus éblouissant que les neiges hivernales. J’ai encore en mémoire l’image d’arbres immenses qui défiaient le ciel et celle d’un élan qui broutait paisiblement sans prêter attention à notre présence. - Un élan ? Qu’est ce donc Avisophe ? - L’élan, Chloréale, un animal qui ressemble aux cerfs qui traversent les forêts par ici mais ses bois sont plus grands, plus larges et plats. Je lui trouve moins de distinction qu’un beau cerf ! - Mais tu as des trémolos dans la voix quand tu nous parles de ces lieux ! - Normal Brigantia ! Il reste le pays qui vit mes premiers vols et mes premiers voyages de région en région. Un pays où je connais la célébrité d’ailleurs. Onduline, surprise, tint à en savoir plus et ne put attendre : - Toi ! Une célébrité dans ton pays natal ? - Oui ! Une foule d’êtres humains me regarde chaque jour sans y prêter attention tant ils sont habitués à m’avoir sous les yeux ! - Tu es célèbre à ce point ? - Bien sûr ! Je suis très fier d’être l’emblème d’une des plus splendides contrées du Canada, une contrée que les hommes nomment Québec. J’apparais en effigie sur un de ces bouts de papier qu’ils utilisent quand ils désirent acquérir quelque chose qui leur plait. - Ils t’ont adopté à leur façon ! Tu es leur mascotte alors ? - Je le suppose. Ce qui me surprend c’est qu’ils n’ont pas souvent l’occasion de me voir car je vivais la plupart du temps au fin fonds de la toundra, de vastes plaines désertes et glaciales où peu d’hommes habitent. - Pourquoi ? Elles sont si peu accueillantes ces plaines ? - Je ne dirais pas cela mais elles s’étalent tout près de cercle polaire et il n’y pousse guère que des mousses, des lichens et des arbres nains. Parfois, j’avais l’occasion de croiser quelques rennes ou des élans mais ils sont rares. Becauvent l’arrêta net dans sa narration : - Ah ! J’avais bien raison hier quand je t’ai dit que je pensais que tu arrivais du grand désert blanc ! J’avais vu juste ! - Oui tu avais vu même très juste ! Je n’ai jamais douté de ta perspicacité mais à ce moment j’expliquais d’où j’arrivais lorsque tu vins à mon secours. - Et quand il neigeait et que tu devais t’abriter où trouvais-tu de quoi te nourrir ? - Me nourrir ? Mais ma pauvre Onduline, en hiver, je cherchais et chassais des longues heures durant ! Hélas, plus un campagnol, plus un mulot pas même un lemming à me mettre dans le bec. Pas question de penser à un quelconque festin ! - Mais comment t’y prenais-tu pour te nourrir ? - Lorsque la nourriture venait à manquer et que je devais faire face à une sévère disette, je choisissais de quitter ces régions et de migrer vers le sud, pour m’installer tout l’hiver le long des rivages, des lacs, des côtes ou des marais dans l’espoir de trouver de quoi me nourrir. Et c’est au cours de ces voyages que j’ai rencontré des tétras ou de voir passer en meutes de superbes loups blancs en quête de nourriture. - Si beaux que cela ces loups blancs ? - Oui Chloréale, beaux et altiers mais j’ai toujours gardé mes distances. Ils étaient si affamés que je ne tenais pas à devenir leur repas. - Mais dis-moi Avisophe, tu as sûrement parcouru de plus grandes distances que moi ! Tu es un sacré grand voyageur ! Le goéland appuya les paroles d’Onduline : - Oui ! Si je ne le connaissais pas je penserais que c’est un pigeon voyageur ! Brigantia rajouta avec assurance : - J’acquiesce ce que vous venez d’annoncer et suis entièrement d’accord avec notre jolie sirène. Avisophe continua sur sa lancée : - C’est là-bas, que tout jeune, j’ai commencé à voler de plus en plus longtemps pour prendre l’habitude de trouver refuge sur un clocher ou sur une de ces immenses tours, ces abris d’humains qui atteignent parfois les nuages. Quant à la forêt, je ne vous en parle pas …Elle est plus vaste que l’océan, gigantesque, une forêt qui s’étale à perte de vue. C’est d’ailleurs ce qui m’inquiète en elle et ce pourquoi je m’y aventurais rarement. Je la survolais mais ne m’y arrêtais qu’occasionnellement ou exceptionnellement. Je préférais faire halte à l’orée de celles-ci pour me sentir en sécurité. Le goéland qui n’avait pas perdu un mot du récit, ouvrait de grands yeux surpris mais dodelinait parfois de la tête. Le nymphéa s’en aperçut et tint à connaître la raison de ce comportement quelque peu surprenant : - Qu’y a-t’il mon beau héros ? Tu ne dis rien et tu sembles t’interroger ? Que t’arrive-t’il donc ? La réponse du goéland ne se fit pas attendre : - Le Canada ! Des forêts plus immenses qu’un océan, des plaines glacées où nul être n’ose aller vivre et Avisophe qui serait un emblème ? Vous ne trouvez pas que cela fait beaucoup ? Cela ne vous étonne guère semble t’il. Je me demande si ce Canada existe vraiment. Avisophe répliqua immédiatement : - Vertuchou ! Si le Canada existe ? En voilà une interrogation saugrenue ! Bien évidemment que mon pays existe ! - Que tu dis ! A mon avis ce ne sont que des histoires de vieilles chouettes rabougries et radoteuses. Justes des contes de vieilles hulottes pour attirer l’attention de leurs semblables ou endormir les oisillons. Je ne serais point surpris qu’Avisophe ait été endormi par une de ces légendes quand il était oisillon. Il vous en parle comme s’il avait vécu là-bas mais finalement ce ne sont que des souvenirs d’enfance et il brode autour. Debout contre la paroi, Avisophe ne disait plus un mot, imperturbable. Onduline se redressa, consternée par les propos du goéland : - Tu penses vraiment ce que tu nous racontes Becauvent ? - Oui ! Mais, contrairement à vous, je ne gobe pas tout ce qu’Avisophe raconte. C’est un excellent conteur mais cela ne m’empêche pas de réfléchir et de m’interroger. Bricta intervint rapidement et lança sur le ton de l’ironie: - Et après tes très mûres réflexions, qu’en déduis-tu monsieur le goéland ? - Le Canada ? Il ne possède que ce mot au bec ! Le Canada ! Comment peut exister une contrée aussi immense ? Où avez vous vu des contrées où des forêts s’entrouvrent pour avaler les oiseaux ? Cela ne vous paraît pas absurde ? Quel genre de pays peut connaître des immensités désertiques où se déchaînent des tempêtes de neige et des vents capables de tuer des êtres vivants ? Ce n’est plus un pays merveilleux, c’est pire que les cités où les hommes s’entassent comme des fourmis en perpétuel mouvement avec leurs machines qui fument et empestent ! Le nymphéa se demanda si au fond son grand ami n’avait raison : - Tu sembles bien sûr de toi Becauvent ! - Mais pourquoi ne le serais-je pas ? Voyons, dans quel curieux pays pouvez-vous voir se dérouler un hiver où gèlent des oiseaux et les animaux ? Il n’eut pas le loisir de terminer sa démonstration. Avisophe, jusque là impassible, se dressa brusquement, piqué au vif et prit la mouche : - Tripes de lemming ! De quel droit te permets-tu de mettre en doute l’existence de mon pays natal. A partir de quoi remets-tu en cause mes propos ? Aucunement désarmé par la réaction du harfang, le goéland répondit derechef : - le Canada ! Le Canada ! Tu n’arrêtes pas de nous seriner avec ce pays mais rien ne nous prouve que tu y as vécu. Rien du tout ! Je suis sûr que, sorti de tes clochers et de tes beffrois du Nord, tu ne connais rien d’autre ! - Comment ? Tu as l’outrecuidance de mettre ma parole en doute ? Tu oses me traiter de menteur ? - Non ! Pas de menteur mais je persiste à dire que tu possèdes beaucoup d’imagination et que tu inventes ce pays imaginaire et merveilleux pour attirer l’attention sur toi. Un pays de l’autre côté de l’océan, et puis quoi encore ? Et pourquoi pas des vaches sur les nuages ou des arbres plantés dans l’océan ? Vous aurez beau dire, ce ne sont que des fariboles. Je reste convaincu qu’au bout de l’océan il n’y a qu’un gouffre. Un gouffre où plonge la mer, absorbée par le ciel et les nuages. Vous imaginez vous autres, une superbe contrée au fond d’un gouffre ? Devant le culot du goéland et suffoqué par ces propos inattendus, Avisophe, ne savait que dire. Il s’en alla à l’entrée de la caverne, aspira une grande bouffée d’air et revint parmi les autres habitants comme requinqué. A peine reprise sa place dans la grotte, il réagit vivement et monta d’un ton : - Boudious ! Tu n’es qu’un ignorant Becauvent et tes propos insultants sont ceux d’un inculte. - Comment ? Inculte moi ? - Oui je persiste à le préciser, un inculte ! Un pasquin doublé d’un cuistre ! Je pousserais même jusqu’à affirmer que tu te conduis comme un ignare borné qui n’a pas tenu compte de ce que lui avait appris Brigantia ! C’est triste de s’apercevoir que tu as une telle attitude prosaïque. Bec bée, immobile, le goéland ne laissa échapper aucun pleur, aucun cri. Tous observèrent avec attention ce petit duel entre volatiles. - Malheureux Becauvent ! Hormis tes copains pêcheurs, leurs bateaux, la mer qui entoure ta région, ces fiers rochers et la plage, tu n’as jamais rien vu. Ni vu ni rien appris de nouveau ! Oh ! Pardon je fais erreur ! Tu as appris des chants de marins, et quels chants ! La distinction à l’état pur ! La plus longue escapade que tu as réalisée avec brio t’a emmené dans une cité. Ce voyage t’a permis de découvrir des murailles et un breuvage qui t’est monté à la tête. Donc, je persiste, tu ne connais pas grand chose et n’a rien d’un aventurier qui a survolé monts, mers et vaux ! - Mais c’est entièrement faux ! Inculte moi ? - Oui mon cher, je possède plus de connaissances du côté de l’Arctique que je n’en trouverais dans ton crâne de volatile écervelé ! - Attention Avisophe ! Réfléchis à ce que tu dis ! - Mais c’est tout réfléchi monsieur le goéland ! Cultivé toi ? Mais tu es aussi inculte qu’un rivage de galets ou une côte rocheuse ! - Inculte moi ! C’est faux ! Entièrement faux ! - Non, bien au contraire Becauvent ! J’ai la conviction que dès l’instant où tu n’es plus le centre d’attraction, tu trouves un moyen de minimiser ce que les autres voient ou connaissent. Ventre plumes grises ! Serais-tu envieux de nos longs voyages si instructifs ? Ç’en était trop pour sa fierté et son orgueil : le bec largement ouvert, le goéland lança un grand pleur strident et agressif : - Ignare moi ? Sors d’ici ! Hors de ma vue affabulateur ! Je refuse d’avoir à faire antre commun avec à un mythomane. De plus en plus menaçant, le goéland s’avança d’un pas décidé vers le harfang et le héla sur ton comminatoire. Bricta devant ce qui risquait de tourner au pugilat crut bon d’intervenir : - BECAUVENT ! Ça suffit ! Reprends ta place ! L’ordre divin était tombé, péremptoire. Le goéland sentit qu’il valait mieux obéir. Courroucée, la déesse admonesta sérieusement l’oiseau : - Tu te crois le plus beau et pense tout connaître mais tu as tort. Aurais-tu oublié la leçon que t'a faite Chloreale ? De l’humilité je te prie et souviens toi que tu as beaucoup plus à apprendre d’Avisophe que tu ne le penses. Je te l’ai déjà dit. - Mais… Bricta ! Son histoire de Canada est tellement invraisemblable... - ALPHONSE BECAUVENT ! Tais-toi ! Plus un mot. Parce que tu n’as jamais assisté à un spectacle ou vu certains paysages, c’est incroyable et imaginaire ? Tu fais erreur. Ouvre bien tes oreilles et mets toi bien dans ta tête de piaf ce que je vais te dire : Avisophe a tout à fait raison : Le Canada existe bien comme il le décrit. Je le vois chaque jour et l’éclaire ! Mets-toi en tête qu’il existe même des pays plus grand que le Canada, des océans d’une immensité que tu ne pourras jamais imaginer. Désormais, je t’ordonne de faire fi de ta prétention et de l’écouter pour en apprendre plus sur ce monde dont tu ignores encore beaucoup. Le goéland n’osa pas affronter le regard accusateur de la déesse. Il tenta de trouver un soutien du côté d’Onduline et Chloréale, les implorant du regard. Leur réponse fut instantanée. Elles lancèrent de concert : - Désolées ! Nous ne te serons d’aucune aide. Il nous est impossible de soutenir un oiseau orgueilleux qui nie les dires de ses amis. Le goéland se retira dans un recoin de la caverne et maugréa : Ignare moi ! Orgueilleux moi ! Il ne manquait plus que ca. La déesse le tança plus sévèrement : - Tu nies tout ce que pensent les autres et agis en perpétuel rebelle ! La leçon reçue des dieux hier ne t’a donc pas été suffisante ? Tu n’es pas seul sous l’astre roi, loin s’en faut. Alors, tu peux renauder dans ton coin ça ne changera rien à mon discours ! Tu vas finir par faire le vide autour de toi Becauvent ! Te retrouver sans aucun ami, aucun copain ! Pas même un oiseau pour échanger quelques cris avec toi. Tu seras seul ! - M’en fous ! J’irai patauger dans la mer et je parlerai aux poissons. Bricta éclata d’un rire moqueur. Goguenarde elle lui répliqua : - Mais bien sûr ! Les poissons de l’océan vont faire le détour uniquement pour entamer un brin de causette avec toi ! Ils vont papoter avec un volatile qui se nourrit d’eux. Tu es ridicule et de mauvaise foi Becauvent ! Le volatile tourna le dos à l’assemblée, immobile et muet. Chloréale, devant la détresse de son cher ami se rendit vers lui et lui susurra : - Mon bel oiseau, reviens avec nous. Tout le monde fait des erreurs et ton scepticisme devant l’histoire d’Avisophe et compréhensible. Avant l’histoire d’Onduline, aurais-tu pensé que sous l’océan grouillait une telle vie ? - Non ! Jamais je ne me serais douté qu’il y avait tant d’animaux sous les flots ! - Et lorsqu’Avisophe t’a décrit sa vie en ville, aurais-tu cru que les lieux d’habitation des hommes étaient ainsi ? - J’admets que j’ignorais qu’une vie si trépidante pouvait exister dans les cités. - Et avant ton voyage pour aller chercher notre repas aurais-tu pensé revenir accompagné de mouettes ? - C’est vrai ! D’ailleurs je suis obligé de reconnaître qu’elles sont fort sympathiques, jolies et amusantes. Des volatiles de charmante compagnie. - Alors file retrouver Avisophe et présente lui tes excuses ! Ce serait dommage de rester fâché avec ton ami. Le goéland se retourna pour se diriger vers le harfang : - Avisophe ? - Oui ? C’est à quel sujet ? - J’aimerais te présenter mes excuses pour ma conduite. Il ne put continuer car la déesse intervint pour lui couper la parole : - D’accord pour que tu t’excuses auprès d’Avisophe mais je tiens à ce qu’il y ait de la sincérité dans ta résipiscence ! Tu veux t’excuser ? C’est une bonne façon de t’amender mais ne le fais que si tu es revenu à de meilleures intentions ! Sous les coups de la sévère admonition de Bricta et frappé par son ton improbateur, le goéland se dirigea vers Avisophe, s’excusa, penaud et fort gêné et lui demanda sur un ton calme : - Avisophe, je serais ravi que tu continues de nous parler de ce Canada et que tu en dises plus sur ce pays. A t’écouter, il me semble si magique que tu vas finir par me donner envie d’émigrer pour y faire de longs vols !
Yann Brugenn juin 2009 Trigwen Tous droits réservés. © Copyright juin 2009
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June 17 Jongleur de mots
Jongleur de mots
D’une plume docile, aérienne et magique Qui glisse sur le papier, un vélin témoin, Il dépose ça et là des phrases pudiques Echappées du fond de son âme écrin. Narrateur d’une tendresse sans limite, Il nimbe ses vers de douceur, de passion, Sentiments ardents, désirs libérés qui invitent Les mots qui brûlent dans son cœur en fusion.
Les yeux brillants des amatrices fidèles Dégustent des mots qui enjolivent leur vie, Voient une phrase, dans leur évasion trop réelle, Dans leur regard peindre un fond de mélancolie. Alors que dansent et s’allongent les rimes, S’échappent mots et ramage au corps à corps Pour disparaître dans les secrets de l’intime Et se fondre dans un irrésistible accord.
Du bout de sa plume, le jongleur des mots Frappe tout en velours à la porte des cœurs, D’une onde de paroles il y gomme les maux Pour y greffer des branches d’inattendu bonheur. Alors s’entrouvre un impatient ramage Qui le guettait et l’attendait ardemment, Il l’enveloppe, l’emporte pour d’étranges voyages, Unique réponse attendue au flot de son talent.
Les mots du jongleur lentement s’accompagnent D’une symphonie qui s’élève toujours au plus haut, De cette tendresse qu’il désire comme compagne, Fidèle à ce don caché derrière le secret de ses mots. Fidèle à cet hôte, art dissimulé qui élit domicile Dans le flot de ses paroles où se griment des aveux, Talent locataire de son cœur et de son corps fragile Qui inonde de plaisir nos esprits et nos yeux.
Yann Brugenn © 17 juin 2009
May 31 Mystères éoliens. Chapitre 33 : Vol vers un exil laborieux et contraint.MYSTERES EOLIENS
Chapitre 33
VOL VERS UN EXIL LABORIEUX ET CONTRAINT.
Suite et fin du billet précédent.
Bien que divertie par ce spectacle, Bricta crut bon d’intervenir : - Becauvent, sois un peu sérieux et laisse donc notre ami continuer je te prie ! Le ton s’était montré si péremptoire que le goéland cessa net. Avisophe reprit son explication écourtée : - Un grand-duc, oui. Un fort grand hibou, magnifique et toujours impassible. Ce fut un compagnon de courte durée très digne il est vrai mais guère causant ! Un sacré taiseux ! Tu comprends désormais pourquoi j’ai horreur d’apparaître en plumage négligé. Reste que j’ai tout de même appris beaucoup malgré un court séjour avec eux. L’orfraie m’a expliqué pourquoi le courant d’air qui caressait mon visage était si doux : - Tu as droit au bonjour du foehn m’a t’il annoncé. - Le foehn ? Qu’est-ce donc interrogea le nymphéa - Un vent fort sympathique qui arrive du sud, un souffle chaud et sec qui descend dans les vallées alpines. - Ça ne risque pas d’être celui qui nous tourmente aujourd’hui ! - Exact Becauvent ! Je puis même t’assurer que je l’ai trouvé fort agréable. Une autre fois, j’ai senti glisser sur mon plumage un petit vent frais qui arrivait du nord ouest pour aller vers ces montagnes et sur un immense lac en forme de croissant de lune. Ma camarade la hulotte m’a appris qu’il s’agissait du joran, un vent du nord-ouest comme ici mais en rien comparable avec la force de celui qui nous inquiète. Onduline prit la parole : - Ton séjour fut peut être court mais il s’est montré enrichissant. Brigantia voulait en savoir plus sur le comportement d’Avisophe : - J’en reviens à ton explication de tout à l’heure Avisophe. - Laquelle Brigantia ? - Ton explication comme quoi tu refuses de dormir à même le sol. Que le fait de te retrouver en compagnie d’animaux rampants plus petits que toi soit ton unique raison m’étonne de ta part. Quelque chose me dit qu’il en existe une autre. - C’est vrai déesse ! On ne peut vraiment rien vous cacher. Est-ce que vous m’imaginez prendre place à même le sol au risque d’être l’otage d’un chat féroce ou d’un renard affamé ? Très peu pour moi, j’espère avoir une autre destinée ! Il est vrai que j’étais exténué mais pas encore au point de devenir suicidaire et de me transformer en festin pour renard gourmand et gourmet ! C’est pour cette raison que j’ai fermement décidé de laisser faire les vents qui m’ont porté au-dessus de la Normandie et la Côte de Nacre ! - Un fort joli nom pour une côte. Cela t’a sans doute incité à y suspendre ton vol pour chercher une demeure provisoire je suppose ? Dans un premier réflexe, Avisophe s’assombrit mais préféra rapidement détailler le pourquoi de son exil : - Là-bas ? Mais par le temps qu’il faisait je l’aurais plutôt nommée Côte des Brumes ! Un temps gris, venteux et froid la rendait peu attirante. Le plus inquiétant et le plus révoltant fut que ma quête en Normandie fut vaine ! Captivé par le récit de son copain, Becauvent réalisa : - C’est bien que je disais ma parole, tu es poursuivi par la guigne ! Rater un débarquement sur ces plages à la fin du printemps, ce n’est pas donné à n’importe qui ! Il faut vraiment y mettre du sien et s’appliquer ou alors… Il ne put terminer sa phrase : - Ou alors quoi ? Qu’est ce que tu vas nous annoncer d’extraordinaire ce coup ci ? - D’extraordinaire ? Rien, mais tu as du t’attaquer un soir à un chat noir au lieu d’un mulot et tu le payes désormais chèrement. - Qu’est ce que c’est que ces fariboles ? Un chat noir ? Et pourquoi pas un ours brun ou un loup gris ? Les chats, sache que je sais les distinguer de jour comme de nuit ! Je plaide donc non coupable pour eux. Que veux-tu mon cher goéland, tout le monde ne possède pas ta connaissance quasi innée de la mer et des rivages. Je suis un oiseau des terres et des hauteurs ; la mer et ses profondeurs me sont inconnues ce qui explique mon embarras à trouver un logement sur cette Côte de Nacre. Onduline s’enquit du résultat des recherches du harfang : - Tu as au moins trouvé un endroit pour te reposer un peu non ? - Et non ma chère ! J’ai survolé bien des endroits dans l’espoir de repérer un humble gîte mais rien ! - Rien ? Tu n’as rien trouvé pour t’abriter ? - Non, ma jolie ! Pas même un arbre creux et vide pour y habiter ne fut-ce qu’une nuit ! Cornegidouille, ces régions sont maudites ou fort inhospitalières pour les oiseaux. J’aurais du plutôt aller me cacher quelques jours dans un de ces beffrois. - Malgré le chœur des carillons qui t’agressent ? -Tout à fait Brigantia ! J’aurais composé avec. Non mais vous vous rendez compte ? C’est tout de même incroyable que dans ces contrées il ne soit pas possible de loger plus facilement en cas d’intempéries ! Avisophe s’emportait au fur et à mesure qu’il manifestait son mécontentement et rouspéta de plus belle : - Je vous l’assure, il y a dans ces régions un manque flagrant de logements et d’abris ! Aucune demeure de disponible, pas même un arbre vacant pour que je m’y perche ! Tout est occupé ! Si au moins les autres volatiles acceptaient de se serrer un peu pour accueillir les voyageurs en détresse. Mais non, chacun défend son petit bout de branche ou de rameau et refuse tout étranger. Je m’attendais à mieux de la gent ailée ! Peu déconcertée par ce dernier propos, Brigantia réagit à ces mots : - Et tu tombes de haut semble t’il ? - Oui de très haut car d’où j’arrive, les oiseaux s’entraident un peu plus ! Je vous le dis déesse, il y une véritable crise ! Becauvent restait sceptique à l’écoute de ces élucubrations : - Peut-être pas à ce point Avisophe ? - Peut être pas dis-tu ? Cornedious ! Mais que connais-tu des arbres ? J’ai survolé cette côte de Nacre et là, pas une branche de disponible, les piquets, quant à eux, étaient tous occupés, les abris presque surpeuplés ! - Mais alors, tu t’es retrouvé S.N.F ? - Qu’est ce que tu baragouines encore ? S.N.F ! S.N.F ! Fais preuve de plus de respect je te prie ! - Mais je ne t’insulte nullement Monseigneur des neiges, je compatis devant tes malheurs. - Tu compatis ? Toi ? - Oui, car par la force et la volonté des éléments capricieux, tu es devenu un Sans Nid Fixe, un S.N.F. ! - Ooohhh ! Très cocasse ! Quel humour ! ça ne fait aucun doute, tu sembles vraiment compatir. Je te pardonne tout de même cet écart pour m’avoir recueilli dans cette grotte que tu connaissais avant tout le monde. Becauvent, apprends que je ne fus aucunement un Sans Nid Fixe mais plutôt un sans logis, un sans abri. Un état qui explique ma révolte et ma colère devant le manque flagrant de gîtes, de nids et de logis. Un long soupir s’échappa du bec du harfang qui se lamenta : - Diantre ! Que ne suis-je resté avec ma femelle dans ce beffroi ? Suffoqué par cette remarque qui ne concordait pas avec ce qu’il venait de raconter, la déesse prit l’oiseau au mot : - En effet on se demande bien pourquoi ! Tu nous as assurés l’avoir quitté à cause du carillon et du bruit,.alors, pourquoi donc le regretter Avisophe ? - Pourquoi ? Parce qu’à l’heure qu’il est, j’aurais un abri haut perché, sûr et solide. Onduline resta bouche bée et lui demanda : - Malgré ces cloches qui te gênent ? Sais-tu ce que tu veux au moins ? - Je veux me retrouver en sureté et dans cet endroit, ç’aurait été le cas. Bien sûr la présence de ces musiciens qui se seraient adonnés à leur passe-temps favori ne m’aurait pas enchanté mais j’aurais fait contre mauvaise fortune bon cœur. Le goéland railla derechef : - Toi ? Tu aurais supporté ce que tu considères comme un tintamarre insupportable pour ton ouïe si délicate ? - Parfaitement Becauvent. J’aurais pris un cours de musique urbaine en écoutant avec attention leur assourdissante mélodie. - Tu crois vraiment que tu aurais supporté ? - Certainement ! J’aurais fait l’effort d’ouïr un de leurs meilleurs morceaux : Cacophonie en La majeur pour bronze et battants. Ainsi j’aurais pu parfaire ma culture musicale à l ‘écoute de leurs nombreuses ritournelles. Becauvent sauta sur cette remarque : - C’est bien ce que je disais, tu as tendance à devenir misanthrope. Tu n’apprécies même pas le tintement de quelques chanterelles qui se balancent et font partager leur joie aux alentours. Chloréale renchérit sur son ami : - Becauvent n’a pas tort. Sur mon étang, j’entendais tous les jours résonner les cloches et leur son m’était fort agréable. Cette aubade quotidienne qui planait dans l’air m’a toujours paru mélodieuse et harmonieuse. - Ah ! Tu vois que j’ai raison ! Finalement qu’aimes-tu vraiment ? Le harfang se dressa vers ses congénères : - Ce que j’aime ? Le calme ! Vivre au calme ! - Mais ce calme, tu l’avais entre deux concerts. - Le calme ! Tu es certain qu’après ce tintamarre j’avais la tranquillité à mes pattes ? As-tu déjà vécu dans une cité ? T’es-tu arrêté quelques instants au sommet d’un de leurs immenses antres ? - Pas particulièrement. J’y fais des sauts pour fouiner et trouver à manger mais je ne m’y attarde pas trop longtemps. - Cornedious ! Alors tu ne connais rien des amas d’abris humains, ces endroits tentaculaires. Dès que leurs instruments « musiciens » daignaient se taire, j’avais droit au concert incessant de leurs machines en acier qui se trainent sur des roues ! De bien étranges machines qui ne cessent de râler, de ronfler, grogner tous ensemble dans leur langage vernaculaire! Certains ne peuvent se retenir de lancer à tout vat des coups brefs et bruyants d’une mauvaise musique stridente. Je suppose que c’est leur façon de manifester leur mécontentement quand elles ne peuvent avancer à leur rythme. - Bon, je te l’accorde, ce n’est pas la panacée mais la nuit tu devais l’obtenir ce calme non ? - Tu veux rire ? Dès la nuit tombée, il reste des récalcitrantes qui vocifèrent plus fort que les autres ! En pleine nuit tu m’entends ? - J’entends bien mais, dès que tous dormaient, tu l’as eu ce calme : Plus un bruit, plus un son. C’est ce que tu désirais. - Que connais-tu donc du calme Becauvent ? Qu’est ce que le calme pour toi ? - Le calme ? Euhhhh ... c’est une absence totale de fracas, de bruits et de sons lorsque que je ne discerne plus un frissonnement dans l’air. - Non mon cher goéland, ça, c’est le silence ! - Oh alors là tu chipotes ! C’est la même chose. - Pas du tout mon cher. Le silence pèse sur ton caractère, il est lourd, il t’angoisse. Par moment, ce silence t’oppresse et se fait plus assassin que la solitude. Le silence entonne une musique de mort inaudible. - Mais alors que nommes-tu le calme Avisophe ? La curiosité de Chloréale s’était avivée. L’explication du harfang la passionnait. - Tu vas comprendre Chloréale. Je ne vous parle pas de silence mais de calme ! Le calme n’est rien d’autre que cette ambiance qui enveloppe certains endroits où on vit sereinement. Une forêt, un rivage, une montagne sont bercés par le calme ; un calme peu troublé par un gazouillis d’oiseau, le coassement d’une grenouille ou le clapotis des vagues sur la grève ; le calme est à peine perturbé par le chant d’un vent qui se faufile entre les branches, le bruissement des feuillages secouées par la brise. Même le vent qui hurle sur les flots un jour comme aujourd’hui y participe. Voilà ce que je nomme le calme et cela n’a rien de comparable avec le silence mortel. Becauvent sursauta et se raidit : - Le vent ? Tu trouves le vent calme ? - Absolument. Tu es convaincu du contraire parce depuis quelques jours il te contrarie mais il joue sa partition lui aussi. Que tu le veuilles ou non, c’est un des un acteurs du calme. Même le matanuska participe activement. Chloréale, interloquée, ouvrit une large corolle : - Le matanuska ? Qu’est ce donc Avisophe ?
- Un vent un peu caractériel et violent qui souffle aux frontières du Canada ma jolie fleur. Il descend des montagnes sans prévenir dans dans les régions à haute altitude. Les habitants de là-bas le nomment souvent vent d'Alaska. Lui, en aucun cas, ne connait de frontières. Il lui arrive plus souvent qu’à son tour de filer de l’autre côté, en Sibérie ou vers le sud le long des côtes de la Terre de Feu. Voilà un vent rapide et glacial, apparemment antipathique, qui pourtant joue sa propre musique.
Becauvent, éberlué, n’en revenait pas : - Un vent glacial et violent qui joue de la musique ? Tu débloques Avisophe ! - Je ne débloque aucunement vois-tu ! Ce vent interprète sa musique Becauvent. Une musique lancinante, sourde et parfois lugubre. Elle en est presque monocorde et pourtant, le matanuska sait la jouer avec des variations et à tout moment, il meuble le silence. Le goéland se tut, pantois puis tint à en apprendre plus : - Ah ? Epoustouflant ! En tous cas ce n’est pas lui qui fait des ravages par chez nous. - Exactement. Tu vois quand tu le veux vraiment, tu ne nous sort pas des calembredaines. Je t’assure que ce même si le matanuska se moque des frontières, il n’est pas arrivé jusqu’à nous. - Donc pour toi, Avisophe, même des endroits où règnent des bruits musicaux sont des endroits calmes ? - Absolument ! Toute la nature émet une musique il suffit de savoir l’écouter. Tu veux un autre exemple tout aussi flagrant ? - Ce n’est pas de refus ! Je me demande ce que tu vas nous sortir encore comme surprise de dessous tes plumes. - Lorsque je vivais en lisière de forêt ou à l’orée de clairières, j’ai eu le privilège d’assister à des concerts matinaux. - Jusque là, je ne vois pas en quoi le calme intervient Avisophe. - C’est tout simple. Lorsque à la fin de la nuit se profile le début du jour, au lointain le ciel se drape de blanc, l’aube point doucement. Et, à cet instant, tu entends sous les frondaisons, dans les buissons et les fourrés quelques fauvettes qui zinzinulent et font leurs vocalises. Des fauvettes auxquelles se joignent les moineaux et leurs pépiements. C’est alors que tu es doucement réveillé par un prélude musical qui démarre pianissimo puis piano mezza voce. - Pianissimo ? Mezza-voce ? Qu’est ce que tu nous baragouines ? - Je te parle de la musique de la nature Becauvent. Pianissimo signifie que les oiseaux commencent à lancer leur chant très doucement. Ils continuent mezza-voce, c'est-à-dire à mi-voix, sans trop forcer au début. Peu de temps après, le jour apparaît vraiment. Avec l’aurore, les premiers rayons du soleil dardent à l’horizon. Les cieux rosissent et se teintent de bleu tandis que d’autres passereaux rejoignent l’orchestre : des pinsons sifflent et se libèrent dans un superbe ramage tandis que les rossignols gringottent et laissent s’envoler leurs trilles jusqu’aux cieux. Leur chant cristallin plane dans l’air et défile un fleuve mélodieux qui enchante tes oreilles. Tu imagines ce splendide chœur Becauvent ? - Hum ...Pas tout à fait. Cela ne me dit pas grand-chose. Mais cause toujours, tu m’intéresses. - Si je comprends bien je t’ennuie ? - Mais aucunement ! Ton histoire m’intéresse et j’en apprends beaucoup avec toi. Je ne suis pas le seul d’ailleurs : regarde les yeux émerveillés d’Onduline, l’air ravi de Chloréale et le sourire de Bricta. Ton récit les captive. - Bon ! Alors je continue pour tous ! Ces chants, ces gazouillis, voilà un plaisir au réveil dont je ne me passerais pas : leur chant est pur, léger, aérien, sans une seule discordance. Tous ces oiseaux discrets fêtent l’arrivée d’un nouveau jour et se mettent d’accord pour l’accueillir. Ils continuent allegro et leur chant à l’unisson va crescendo. Rien de mieux voyez-vous pour se réveiller pleinement et en douceur. A l’écoute de telles notes, vous n’avez qu’une envie : profiter pleinement de ces morceaux qui vont allegro vivace et fortissimo. Le goéland ne savait que dire et resta un petit instant bec bée. Il se remit de son émotion : - Tel que tu le racontes, je n’ai pas tout compris mais cela me semble superbe et très harmonieux. - Parce que tu n’as jamais prêté attention aux vocalises de ces oiseaux qui offrent à tous un mémorable concert chaque matin. ? - Non Jamais ! - Becauvent, je réalise pourquoi tu n’as pas tout compris. Mon cher, il est vraiment grand temps qui tu ailles voir ailleurs qu’au large tu sais ! - Et si je me présentais à eux pour chanter dans leur orchestre ? Ce serait une excellente occasion de les écouter. - Pas tout à fait car eux et toi n’avez pas le même registre de chants. Tu es fait pour un type de spectacle au bord de la mer et dans les cieux Becauvent. Tes pleurs ne s’accorderaient pas avec leurs chants. Toujours est-il qu’au final, quand le soleil s’est levé, résonne dans tous les arbres et sous les feuillages un orchestre à mille becs qui t’enchante pour la journée ! - Mais c’est bruyant ! Pourquoi donc l’associer à ce que tu nommes le calme ? - Parce ce bruit n’est nullement discordant, il s’accorde avec tes arbres, la lumière naissante, les fourrés. Tu le ressens comme un bel élément mélodieux ajouté à la nature. Voilà une fort jolie musique très harmonieuse et gaie qui n’a rien de commun avec le vacarme de ces montres d’airain qui se balancent sous leur abri de pierre ! Chloréale, qui avait obtenu une explication claire à sa question, resta immobile et muette, corolle bée. Elle était sous le charme. Plus aucun mot ne sortait. Le harfang s’en aperçut : - Que t’arrive-t’il mon beau nymphéa ? Tu me sembles bien émue. Se reprenant, Chloréale s’expliqua : - C’est grâce à toi. Plus je t’écoutais narrer le lever du jour et plus j’avais l’impression d’être sur mon étang au petit matin. La déesse se cabra et applaudit de tout son cœur le harfang : - Félicitations Avisophe ! Voilà une fort belle démonstration d’un habitant de nos contrées qui sait écouter son environnement. Je suis toute esbaudie mon cher. La sirène se joignit aux éloges de Belisama : - J’avoue que je suis comme envoûtée ! Quelle sublime tirade empreinte de lyrisme ! Avisophe mon ami, notre ami le goéland a raison : tu possèdes les atouts d’un poète amoureux de son habitat ! Becauvent, convaincu, rejoignit le chœur des admiratrices : - Je dois reconnaître que là, même si certains mots m’ont échappé, tu m’a époustouflé ! Quel talent ! Avisophe mon cher ami, il faudra que tu m’apprennes à en faire autant. - Est-ce vraiment la peine dis-moi ? D’après ce que m’ont raconté nos camarades, tu n’as guère besoin de conseils pour parler. Becauvent lui rappela alors certains de ses propos : - Tu te plains du bruit de la cité mais alors, pourquoi avoir cherché beffroi comme habitation ? D’accord, c’était un endroit sûr mais tu nous as dit aimer vivre sur les hauteurs. Tu n’avais que l’embarras du choix. Avec cette profusion d’arbres, tu aurais du savoir où aller non ? - Boudious ! Oui j’aime me tenir à l’acmé d’un beffroi, d’un clocher, d’un campanile ou sur une branche d’arbre mais je t’ai dit qu’ils étaient tous occupés ! Surpopulation tu connais ? - J’ai compris. Mais la cime des arbres reste ton lieu de prédilection pour dormir et vivre non ? Ce ne sont pas les forêts qui manquent tout de même. Le harfang riposta du tac au tac : - Erreur ! Ce n’est nullement le cas. Vertuchou ! Voyez-vous, contrairement à ce que vous pourriez imaginer, je m’aventure rarement en forêt. Le goéland n’y comprenait plus rien : - Pourtant, pour quelqu’un qui aime côtoyer les hauteurs, se trouver au sommet d’un arbre et surplomber une forêt doit être plaisant. Serais-tu atteint d’acrophobie Avisophe ? - Mais pas du tout. Où vas-tu chercher de telles inepties ? - Donc rien de mieux pour toi que le sommet d’un arbre pour être au calme non ? Avisophe s’expliqua presque avec véhémence : - Jamais ! Tu m’entends ? Je me sens fort à l’aise perché sur une branche d’un arbre fastigié mais jamais tu ne me verras sur la cime d’un arbre forestier. Voir la canopée de toute une forêt m’inquiète. A son tour, Brigantia parut fort consternée par ces propos : - Pourrais-tu être plus clair je te prie parce que cela me semble plutôt contradictoire comme discours et comme attitude ! - Et pourquoi donc ? Avez-vous déjà survolé une forêt par grand vent ? Non je suppose. Le goéland l’interrompit : - Si moi, mais très rarement je l’admets. - Tout s’explique alors. La forêt t’est aussi étrangère qu’une sirène à un pingouin ! Et bien dis-toi que lorsque tu te trouves au sommet de l’arbre, au moindre coup de vent celui ci remue et balance dans tous les sens. Il remue avec tant de vigueur que tu ne te sens pas du tout en sécurité. Mais il y a pire... Chloréale, intriguée, demanda : - Il y a pire que ce que tu viens de décrire ? - Oui ma jolie fleur ! Voir tous ces arbres remuer en même temps dans un seul et même mouvement m’inquiète et m’oppresse. Je ressens l’impression qu’à n’importe quel moment, la forêt va s’entrouvrir et s’écarter de plus en plus pour se préparer à m’engouffrer.
La sirène buvait les mots du harfang et tint à en savoir encore d’avantage : - Mais alors, pourquoi ne pas dormir dans la forêt même ? Tu t’y sentirais à l’abri et en sécurité. Avisophe sursauta, le regard teinté d’une peur presque panique : - Jamais ! Les rares fois que je l’ai fait, j’ai cru que j’étouffais et puis... - Et puis ? - Les forêts sont trop peuplées à mon goût et la promiscuité ’insupporte. Elle m’est encore plus désagréable depuis de sérieuses mésaventures vécues dans ma jeunesse. Le harfang marqua une pause. Il se tut, et ‘évada, pensif. Brigantia le ramena parmi eux : - Où donc es-tu parti tout d’un coup ? Avisophe rejoignit le monde de la réalité : - Moi ? J’étais au Canada ! Ahhh ! Le Canada ! Becauvent ne put se contenir : - Le Canada ! Le Canada ! Mais tu n’as que ce pays au bec. Puisque tu ne cesses de penser autant à cette contrée qui paraît si merveilleuse, pourquoi ne nous en parles-tu pas ? Qu’as t’il de si spécial cet endroit au-delà de l’océan ? - Ce qu’il possède Becauvent ? Tout ! Le Canada reste le pays où je suis né non loin d’un élan qui broutait paisiblement. Il reste le pays de mon enfance et de ma jeunesse. Si tu savais le nombre d'hivers et d’étés passés là-bas dans le bonheur. J’y ai semé une foule de souvenirs et j’en parlerai tout à l’heure. Brigantia, toujours aussi sagace, consulta plus précisément le harfang : - Mais combien de temps as-tu volé jusqu’à nous ? - Trois jours et trois nuits Brigantia ! Trois longues journées cauchemardesques ! - Sans jamais dormir ? C’est impensable. - Quand je dis que je n’ai trouvé aucun abri, j’exagère. J’ai senti à plusieurs reprises mes forces m’abandonner aussi me suis-je arrêté pour dormir quelques instants, le temps de me reposer un petit peu. J’ai fait quelques courtes haltes dans des bâtiments au milieu de la paille et du foin. Mais ce furent des petits sommes perturbés par le brouhaha de vaches, de chevaux, de porcs et de poules qui vivaient en contrebas. Emue par le récit des petits malheurs d’Avisophe, Chloréale s’exprima sur un ton rempli de compassion : - Je comprends que tu sois parvenu jusqu’à nous complètement exténué et de mauvaise humeur. - Tu as vraiment tout compris ! En l’absence de gite à mon goût, j’ai continué à toujours voler vers le couchant, poussé ou freiné par des vents, secoué comme un prunier. Je me suis ainsi offert un vol au long cours avec de trop courtes escales. – Il t’a vraiment fallu puiser dans tes forces et y mettre tout ton courage. - Tu peux le ressentir ainsi. Malgré quelques petits sommes peu réparateurs et malgré cette nuit qui m’a fait grand bien, je suis encore é-pui-sé ! Je ressens encore les effets néfastes du décalage horaire entre le Nord et cette région. Voler tout en étant balloté par les vents déchainés ne fut vraiment pas de tout repos. Tandis qu’Avisophe narrait les causes de son arrivée dans la caverne et s’expliquait sur cette attirance pour ce pays qui leur semblait magique à ses yeux, Becauvent, figé, regardait avec insistance son ami : un détail venait de le frapper de stupeur !
Yann Brugenn mai 2009
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Mystères éoliens. Chapitre 33 : Vol vers un exil laborieux et contraint.MYSTERES EOLIENS
Chapitre 33VOL VERS UN EXIL LABORIEUX ET CONTRAINT.Becauvent, toujours aussi sagace, remarqua sur un ton caustique : - Dis-moi Avisophe, tu fuis le toit d’un immeuble parce venteux et trop bruyant, tu n’apprécies pas un beffroi à cause de son carillon, tu choisis un arbre mort dans un lieu retiré mais tu te plains de cette chenille avoisinante. Ôte-moi d’un doute : tu ne serais pas un brin misanthrope ? Onduline sortit de sa réserve habituelle et s’adressa au goéland : - Tu n’as pas l’impression que c’est le sterne qui se moque de la mouette rieuse Becauvent ? - Pourquoi donc cette remarque Onduline ? - Parce que si quelqu’un m’a paru plutôt misanthrope jusqu’ici, c’est bien toi ! - Moi misanthrope ? Tu veux rire j’espère ? - Pas du tout ! Tu n’aimes pas les mouettes, tu critiques les cormorans, tu en veux à une orfraie pour sa façon de vivre et j’en oublie. Ça ne te suffit pas comme explication ? - Misanthrope moi ! Alors là c’est la meilleure de la journée. Spectateur impassible de ce petit échange vif, Avisophe, tout en restant placide, laissa échapper un petit rire discret de contentement. Alors qu’il commençait à s’emporter, Bricta héla l’oiseau : - ça mon cher Becauvent c’est ce qui s’appelle un retour de bâton. Tu as donné des verges pour te faire fouetter mon cher. La prochaine fois que tu concoctes une telle remarque, je te conseille de nettoyer devant ton nid avant de t’exprimer. - D’accord ! J’ai compris. J’ai encore tort ! L’oiseau sentit que la discussion allait tourner en sa défaveur et annonça : - Si vous le voulez bien, nous allons changer de sujet et revenir à nos moutons ou plutôt aux déboires et aventures d’Avisophe. Le goéland tenait à en savoir plus sur cet étrange oiseau qu’il avait sauvé la veille. Il reprit la conversation où il l’avait interrompue : - Donc Avisophe, vous vivez désormais ta femelle et toi sur la côte au sommet d’un arbre mort. Mais comment t’es-tu débrouillé pour atterrir ici ? - Le fait du hasard et les mauvais coups du sort et du vent. A croire que tous s’étaient concertés pour me pousser à m’égarer. Au départ, j’étais parti chasser. J’avais bigrement faim après une longue nuit et j’ai quitté ma jolie côte d’Opale en quête de nourriture. Il me fallait absolument chasser et ramener à manger, notamment du lemming, ma principale source d'alimentation. - Un lemming ? Qu’est ce que c’est ? Le nymphéa, plutôt profane en matière d’animaux autres que ceux de sa mare, venait d’interroger candidement Avisophe - Un lemming ? C’est un tout petit rongeur trapu aux membres courts. J’avais l’habitude de le chasser dans la toundra et la taïga. Je dois reconnaître que j’en suis très friand, c’est mon péché mignon ! Comme il vit aussi dans les forêts de conifères, je me suis dit que j’en trouverais bien un ou deux petits à me mettre sous le bec. - Et alors ? - Alors ? Rien ! Point de lemming dans ce coin. Donc, j’ai cherché des petits lièvres, des poissons ou des oiseaux. Surpris, Becauvent coupa la parole à son ami : - Des lièvres en pleine nuit ? Les hiboux comme toi chassent la nuit mais pas des lièvres ! - C’est exact que je possède une vue perçante pour la nuit mais j’agis surtout le jour et je me targue d’être grâce à elle un excellent chasseur. De plus, je possède un autre atout : j’ai une tête très mobile et ça aide ! - Un hibou qui chasse en plein jour ! J’aurais tout entendu ! - En effet ! Contrairement à la plupart des autres chouettes et hiboux, je chasse plutôt de jour. La nuit, je fais comme toi mon cher, je dors ! - Un hibou chasseur de jour. J’en apprends de jour en jour ! Pourquoi n’es-tu pas rentré sur ton arbre avec tes victimes ? - C’est tout simple. Tandis que je cherchais une proie, l’aquilon s’est levé brutalement et, rapidement, il a balayé une grande partie de ma région. J’ai donc décidé de faire demi-tour et m’en suis retourné bredouille au logis. Lorsque j’approchais de mon lieu de villégiature, j’ai eu la très très désagréable surprise de constater que mon grand arbre qui me servait aussi d’observatoire et de tour de guet avait été arraché ! Brigantia s’intéressa de plus près au sort de l’oiseau : - Donc, ce grand arbre mort auquel vous étiez si attachés se retrouvait à terre. Et toi Avisophe ? Avais-tu un autre lieu d’habitation ? - Aucun déesse ! Non seulement mon perchoir avait été mis à bas mais il y a eu plus grave. - Plus grave ? Que t’est il encore arrivé ? - Pire que l’arbre à terre, ma femelle avait disparu ! Sans doute avait elle quitté les lieux en quête d’une autre demeure. Je me suis mis à la chercher et à m’inquiéter sérieusement mais rien. Pas un signe d’elle nulle part. Maintenant, mon inquiétude s’est envolée et je ne fais guère de soucis pour elle. Chloréale montra des signes d’indignation : - Comment peux-tu dire ça si calmement ? Ta femelle disparaît après qu’une tempête ait détruit votre abri, tu n’as aucune nouvelle d’elle et cela ne trouble guère. Tu es choquant Avisophe ! - Pourquoi donc chère Chloréale ? Parce que je ne m’inquiète pas plus outre mesure ? Mais rien de plus normal, vois-tu. Enervé, le nymphéa coupa sèchement la parole au harfang : - Normal de ne pas s’inquiéter d’un être cher disparu ! Tu trouves cela normal ? Le harfang la fixa sévèrement, ne la quitta pas de ses grands yeux jaunes et haussa le ton, autoritaire : - Si tu ne me coupais pas la parole et me laissais m’expliquer, peut être serais-tu moins remontée et moins outrée. - Oh ! Pardon Avisophe ! Je m’emporte, je m’emporte et oublie que tu es la sagesse même. Je fais la leçon à Becauvent et agis de la même façon. En effet, tu dois avoir une sérieuse raison pour rester aussi placide. - C’est tout à fait cela. A l’heure qu’il est, je pense que ma femelle a du se trouver un abri car elle est plus grande et plus robuste que moi ! Je ne m’en fais plus trop car je la connais bien. - Je comprends alors que tu sois resté imperturbable. Le nénuphar sentit le rose de la confusion colorer ses pétales. Le harfang la mit à l’aise : - Allons, ce n’est pas important. Tu ne pouvais pas savoir. Tu as réagi en jeune et jolie fleur sensible c’est tout. - Merci Avisophe. Mais elle ? Elle doit se poser des questions depuis que tu nous as rejoints ? - Il est exact que je me suis demandé comment la prévenir mais je sais qu’elle ne doit pas s’inquiéter de mon absence prolongée. Elle est habituée à mes absences et mes virées. Il n’empêche qu’il ne faudrait pas que cette farce venteuse dure trop longtemps. Becauvent, durant tout ce récit, n’avait pas cessé de gesticuler, dansant d’une patte sur l’autre. Il apostropha la déesse : - Dites-moi Bricta, vous pourriez éclairer la petite cervelle de l’humble volatile que je suis ? - Mais avec plaisir. Cependant, au ton que tu emploies je m’attends au pire. - Fichtre non ! Je voudrais juste avoir une certitude quant aux dieux. Vous les connaissez bien et vous m’avez dit avoir croisé le dénommé Eole. - En effet, tu as bien entendu mais pourquoi cette remarque ? - J’aimerais savoir si Eole et ses collègues s’ennuient tant que cela au point de se défouler de la sorte ou si détruire sur leur passage, terroriser les habitants de la terre et semer la désolation est un passe-temps ? - Pas du tout ! Qu’est ce que tu vas chercher là ? - C’est juste une constatation Bricta. Ils ont le pouvoir, l’un crache le feu, un autre secoue la terre et sème la mort et un troisième souffle comme un malade sur nos contrées. Il se trouve même un autre de leurs comparses qui s’ingénue à déchaîner la mer et l’océan, privant mes amis de sorties pour vivre. - Je constate que tu restes toujours dans l’exagération Becauvent ! - Dans l’exagération moi ? Mais s’il y en a qui exagèrent, ce sont vos amis de là haut où je ne sais où. Vos divinités, Bricta, elles n’arrêtent pas de remuer et de s’agiter. Elles frôlent l’hyperactivité ma parole ! Qu’est ce que c’est ce que c’est que cette bande d’énervés ? C’est le fait de détenir des pouvoirs qui les rend ainsi ? Ce n’est pas possible : Ils se lancent des défis entre eux ou ils espèrent atteindre la jouissance ultime à constater les dégâts qu’ils occasionnent ? Si c’est le cas, vos amis adorent pratiquer la masturbation intellectuelle ! Bricta se dressa vivement : - BECAUVENT ! Je te rappelle que tu parles de divinités et t’incite à plus de respect et de modération ! Un long silence avait envahi la grotte. Devant Bricta qui toisait froidement le goéland, plus un des habitants n’osa remuer ni parler. Ce moment leur parut une éternité. Seul le goéland, plus irrévérencieux que jamais osa encore répondre : - Plus de modération ? C’est à moi que vous demandez cela ? Et eux là haut, ils font preuve de tempérance peut être ? - Ils ont chacun une mission Becauvent et la remplissent. Ils déteignent des pouvoirs et les utilisent à bon escient. Dis-toi que sans Eole tu n’aurais pas de pluie pour grossirait la mare dans laquelle tu t’abreuves, plus de graines qui se sèmeraient au petit bonheur la chance et plus un souffle pour pousser les voiles de tes amis marins. Quant au petit souffle qui te rafraîchit l’été, il serait absent et tu serais le premier à souffrir des chaleurs caniculaires. Le plaidoyer de Bricta en faveur d’Eole avait été court, succinct et précis. Le goéland baissa les yeux : - Bien sûr, vu de cette façon c’est beaucoup plus clair. La déesse le tança rudement : - Que je te reprenne plus à manquer de respect aux dieux désormais ! De son côté, Onduline avait écouté Avisophe, ne ratant pas un mot du récit du harfang ; un récit qui lui apprenait beaucoup sur la façon de vivre des oiseaux. Elle frémissait d’impatience d’en savoir plus : - Comment t’y es-tu donc pris pour arriver jusqu’à nous ? - C’est tout simple Onduline. De mon côté, j’ai cherché un autre arbre pour me percher. J’ai volé à droite, à gauche, au nord, au sud mais rien ! Pas une branche de libre, pas un tronc abandonné ! Je me suis alors retrouvé sans demeure. Le goéland intervint : - C’est ça ! Par la faute d’un foutu vent, tu es devenu un oiseau sans abri. - Tu peux voir cette mésaventure de cette façon en effet. Devant la cruelle absence de perchoir, je me suis résigné à m’abriter à même le sol. A même le sol moi ! L’humiliation suprême ! Brigantia releva ce dernier propos : - En quoi est-ce donc humiliant Avisophe ? - En tout Brigantia ! Je suis coutumier des séjours sur des sommets, à prendre de la hauteur et non à m’enraciner. De plus, à tout instant je pouvais devenir la proie d’un animal qui aurait pu me sauter dessus alors que sur mon arbre, j’étais bien à l’abri. Mais cela n’a pas duré car malheureusement, j’ai du quitter aussi ma chère Côte d’Opale. - Quitter ta Côte ? Abandonner ces rivages que tu nous as décrits avec tant de frénésie et d’engouement ? Pourquoi donc avoir pris une décision si absurde et incompréhensible ? Becauvent n’y comprenait plus rien : Comment était-il possible d’aimer tant un coin de terre et l’abandonner si aisément ? Il ne parvenait pas concevoir une telle décision. Avisophe éclaira ses idées brouillonnes. : - Mais tout bonnement à cause du vent mon cher ! - Le vent ? Encore le vent ! Et comment s’y est-il pris pour te faire partir ? - Je ne parvenais pas à dormir par la faute d’un vent qui s’obstinait à faire du tapage diurne. Des hurlements sinistres interminables, longs et sourds qui n’en finissaient pas de me titiller. Que ces vents désirent discuter soit mais j’aurais aimé un peu plus de discrétion. Voilà un manque de tenue qui a troublé mon début de nuit et, comme toi, j’ai besoin de mon compte de sommeil ! - Je te comprends. Sans doute aurais-je réagi tout comme toi. Qui sait ? Le goéland réalisait par où son ami était passé et compatissait devant son infortune. Brigantia se fit curieuse à son tour : - Ces côtes sous lesquelles tu es abrité sont tout de même éloignées des tiennes. - Oui j’en conviens Brigantia. Pourquoi cette remarque ? - Cela ne nous explique guère comment tu as pu te laisser porter de ton Nord jusqu’à nous ! - J’y viens Brigantia, j’y viens ! Quand vous saurez ce que j’ai enduré, vous comprendrez alors pourquoi je suis encore si fatigué malgré ma nuit de sommeil. Lorsque devant le spectacle de mon arbre abattu, je me suis éloigné pour trouver un autre domicile, j’ai été emporté et balloté par ce vent furieux. J’ai eu beau me démener pour résister, rien à faire ! La tempête redoublait de violence et j’ai dû m’avouer vaincu. Le goéland intervint : - Pourtant je croyais que tu étais un excellent voyageur ? - Tu crois bien Becauvent mais devant la frénésie de ces bourrasques à répétition, la fatigue a œuvré inlassablement et j’ai du me laisser porter jusqu’à dériver. Emporté par ce vent furieux, j’ai survolé bien des endroits en gardant tout de même l’espoir de nous trouver un abri. Chloréale restait tout de même pantoise : - Mais comment donc as-tu pu arriver jusqu’ici ? Tu te rends compte du chemin parcouru ? - C’est à moi que tu demandes cela ? Si je me rends compte ? Si peu, boudious ! Cela ne représente qu’un saut de moineau au sortir du nid sans plus ! Le harfang avait eu la sensation que son récit n’était pas pris au sérieux. Chloréale, embarrassée, s’en aperçut : - Pourquoi te montrer agressif tout à coup ? Ce n’était qu’une simple question pour combler ma curiosité ! - Excuse-moi ma jolie fleur mais ce voyage me fut si douloureux que je ne sais pas en parler avec humour. Je ferai attention la prochaine fois ! D’ailleurs j’ai une anecdote qui te concerne - A bon ? Et laquelle ? Je ne connais guère le Nord et ne m’y suis jamais rendu. - Mais il ne s’agit pas du Nord et cela te touche sans que tu le saches. Chloréale, toute rose, ouvrit largement ses pétales d’étonnement et de stupéfaction : comment un oiseau qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant pouvait il connaître une histoire qui la concernait, même de loin ? La réponse d’Avisophe l’éclaira et la surprit : - Durant ma gentille équipée forcée, j’ai flotté au-dessus d’une région dans laquelle j’ai reconnu un immense jardin avec des étangs. Je me suis souvenu l’avoir survolé l’été précédent lorsque je chassais. - Qu’est ce que je viens faire dans ce jardin où je n’ai jamais vécu ? - Toi ? Rien ! Mais j’y ai contemplé des milliers de tes sœurs ou cousines qui couvraient la surface de l’eau ! Un remarquable tapis mauve devant lequel je n’ai pu rester insensible. - Tiens ! Pourtant je ne me connais pas de famille du côté du Nord ! - Ce n’est pas au nord, Chloréale. Cela se situe à quelques battements d’ailes d’une immense cité qui grouille de bruit et de vie, non loin d’un long fleuve qui avance nonchalamment en faisant de multiples détours. Je suis convaincu que tu t’y plairais ! Si tu avais vu cela dans la lumière d’un soleil luisant ! Chloréale ne tenait plus en place. Toute à l’écoute d’Avisophe, elle ne cessait de gesticuler. Le harfang finit de la combler : - Voilà un spectacle que je ne suis pas prêt d’oublier. Ce fut un inénarrable et merveilleux ballet de pétales grands ouverts, des centaines de corolles qui ondulaient au rythme lascif d’une douce brise estivale. Un pur délice pour mes yeux ! Un tel régal que, ce jour là, j’ai failli en oublier que je chassais pour me sustenter ! Becauvent, immobile, regarda son ami comme époustouflé mais se reprit rapidement : - Mais dites donc, sous cet épais plumage notre harfang dissimule une âme de poète ! Tu nous avais caché cela Avisophe ! Chloréale enchérit de plus belle : - Becauvent a raison. Ce que tu viens d’énoncer est d’une telle beauté que ça me laisse toute frémissante. J’en ai même le rhizome qui vacille et les pétales qui rougissent de bonheur ! Le harfang, fier de ces phrases qui avaient touché ses compagnons, tint à justifier ses propos élogieux : - Mais que croyais-tu mon cher goéland ? Sous ce beau plumage virginal palpite un cœur sensible à la beauté. Onduline, bien qu’intéressée par cette petite histoire, coupa la parole au harfang : - Tout cela ne nous explique pas comment tu es arrivé jusqu’ici. Une famille nombreuse de nymphéas c’est attendrissant j’en conviens mais toi et ton épopée l’êtes encore plus. - J’y viens très chère ! C’est ainsi que poussé et maltraité par les vents, j’ai du survoler bien des contrées avec, comme je vous le disais, une idée fixe en tête : nous dénicher un gîte digne de ma femelle et de moi-même ! Je me suis donc laissé porter au-dessus d’une région proche du Nord, la Picardie pour découvrir une habitation mais rien, le néant question abri ! Becauvent ne bougea pas étonné : - Rien ? Tu veux dire, pas un abri, pas un arbre ou même un toit ? Mais la malchance est ton amie mon cher Avisophe, ce n’est pas possible ! - Je me le suis demandé en effet ! Comme je vous l’ai annoncé, pas un abri, pas un toit ou un arbre habitable. Je me suis donc laissé aller au gré des vents faisant fi de leur violence ! De toute façon, je n’avais plus assez de forces pour leur tenir tête ! Même un sansonnet anémié confronté à une brise furibonde s’en serait mieux sorti ! C’était une occasion de reposer mes pauvres ailes endolories. Brigantia le poussa plus loin : - Et alors ? Tu as préféré te poser ? - Me poser moi ? Comme vous y allez Brigantia ! Il n’est nullement question que je vive à ras de terre parmi les vers, les serpents et autres lézards. Je ne rampe pas Brigantia, je vole ! Vous me voyez discuter avec un ragondin ou tout autre rongeur ? Ce serait du cynisme. - Pourquoi donc du cynisme ? - Admettez que ce serait le comble que je fasse ami-ami avec mes futures proies et mes repas à venir. - En effet ! Vu de cette façon je comprends mais tout de même, rien ne t’obligeais à entamer une discussion avec ceux que tu aurais aperçus. - Brigantia vous me voyez parmi tous ces reptiles ? Ne laissant pas le harfang terminer son explication, Becauvent intervint : - C’est tout à fait normal Bricta. Rappelez-vous donc. Notre ami le bel oiseau harfang seigneur des neiges ne fraye qu’avec des hauts dignitaires à plumes voyons ! Il ne se mélange qu’avec de la noblesse emplumée. Pas question pour Avisophe de s’abaisser à fréquenter d’autres que ceux de sa coterie. Ce serait d’un vulgaire ! Se tournant vers Avisophe il lança : - Avec une telle attitude, tu ne dois pas avoir beaucoup d’amis. Le harfang réagit aux propos du goéland : - Tu te trompes lourdement Becauvent, j’ai beaucoup plus d’amis que tu ne le crois. Depuis que je suis arrivé dans vos contrées, j’ai eu l’immense plaisir de m’attacher à une hulotte, des orfraies et … Il ne put continuer car Becauvent l’avait interrompu à nouveau : - Quoi ? Tu es copain avec une orfraie ? De mieux en mieux ! - Absolument. Pourquoi cet étonnement ? - Avisophe, toi qui me parait si sage et empreint de sérieux, comment peux-tu t’acoquiner avec cet oiseau tapageur ? - Un oiseau tapageur l’orfraie ? Mais d’où tiens-tu cela ? Tu connais des orfraies toi ? Si c’est le cas, je suis le premier étonné. Je te crois plutôt habitué à railler à qui mieux mieux avec tes camarades de la grève. Onduline se mêla à la conversation : - Moi aussi, tu me surprends Becauvent. Pourquoi n’apprécies-tu pas cet oiseau ? - Que cela vous paraisse étrange ou non, je connais un orfraie et je ne le connais même que trop ! Si c’était possible, je me passerais bien de sa compagnie plutôt forcée. Je te l'ai déjà dit : à cause de lui, mes nuits sont écourtées car il passe son temps à voler au-dessus de mon habitation d’un vol lourd et bruyant et à crier dans l’obscurité ! Question tapage c’est un expert hors pair ! Bruyamment, Le harfang éclata de rire : - Tu n’as nullement eu affaire à une orfraie mais à un effraie ! Je comprends qu’il perturbe tes nuits car cet oiseau émet un cri strident propre à effrayer les voyageurs. L’orfraie dort la nuit lui ! Tout comme toi. J’en sais quelque chose car nous avons chassé ensemble dans la montagne. Chloréale réagit à ce mot qui la fit frissonner : - Tu connais aussi la montagne ? Dis-moi, c’est si haut que cela ? - Oui Chloréale ! Très haut même !! Le goéland tenta une comparaison : - Plus élevée que les rochers qui nous entourent ou que ceux qui surplombent l’océan ? - Mon cher Becauvent, à côté des cimes des montagnes, tes rochers font figure de vulgaires microbes et rien d’autre ! - Quoi ? Tu oses me lancer que nos rochers sont minuscules. C’est donc à ce point ? - Oui Becauvent ! Les montagnes se dressent fièrement comme de gigantesques rochers massifs qui s’accrochent aux cieux ; elles caressent les nues, se parent de verdure au printemps, s’enveloppent d’un immense voile immaculé dès l’arrivée de l’hiver et vêtissent leurs sommets de nuages qui protègent leur pudeur. Alors, à côté, tes petits rochers font bien pâle figure vois-tu. Le goéland se renfrogna mais, ne tenant pas à montrer qu’il était touché dans son orgueil, questionna : - Et qui donc as-tu rencontré d’autre là- haut ? - J’y ai fait la connaissance d’une hulotte et d’un superbe grand-duc. A l’entente de ce mot, Becauvent virevolta et s’exclama : - Mazette ! Tu as côtoyé un Grand -Duc ! Vous entendez tous ? Notre ami s’est lié à un grand-duc ! Quand je disais que tu connaissais des oiseaux des hautes sphères, je ne pensais pas qu’ils étaient si haut placés ! Je ne vais plus oser te parler très cher ; Monseigneur Avisophe Seigneur des Neiges je suis votre humble serviteur ! Si Si ! Quelqu’un qui fraye avec de si importants personnages méritent le respect total ! Le goéland se mit alors à faire des courbettes devant le harfang et, tout en avançant à reculons, tête baissée, il se laissa aller à faire de nombreuses révérences devant son ami. Les autres habitants de la grotte le suivaient du regard, amusés par son attitude et laissèrent échapper par moments quelques petits rires étouffés. Après un moment de stupeur et de rires discrets, la déesse s’adressa à Chloréale et Onduline : - Cet oiseau n’en rate pas une. C’est un histrion né mais s’il continue, il va finir par vexer notre harfang. Becauvent, bien parti sur la lancée, continua de déclamer de plus belle sa tirade : - Je suppose, Monseigneur, que vous avez eu droit à quelque entretien avec un aigle royal ? La réponse tomba, sur un ton très calme : - Becauvent ! Quand tu seras fatigué de faire l’olibrius, fais-moi un petit signe de l’aile que je sache quand continuer mon récit. Malgré cette remarque, le volatile continua de lancer quelques phrases ironiques en faisant de multiples courbettes : - Monseigneur des neiges ! Vous avez côtoyé du bien beau plumage et du plumage à particule de surcroit ! Je ne sais si je suis digne de vous parler ni même de me tenir dans la même grotte que vous !
Suite de l'épisode dans le billet suivant May 23 A une amie du Nord, poète et photographe de talent.Poème dédié à une amie du Nord.
Un chant du Nord Des bouts d'azur déchirés accrochés par les beffrois Avides de les retenir, masques de cieux parfois trop bas Des bouts de ciel accrochés comme lumières appâts Pour les regards du voyageur incrédule et las. Sur d’impavides canaux résonnent de Boulogne Des voix nocturnes surgies des fonds marins, Appels de fiers matelots engloutis à la besogne Dont le souvenir se promène dans un refrain. Sur ces veines placides qui caressent les plaines, Les péniches silencieuses et somnambules Glissent impassibles, digèrent leur peine, Sur une corde liquide, besogneuses funambules. Et dans le vent du Nord, Glisse un chant qui jamais ne dort.
Sur les terrils, gigantesques témoins muets du passé, Fleurit le souvenir de mineurs engloutis. Ils hantent les galeries des mines désertées, Longues artères centenaires à jamais vides de vie. De vieux mineurs gardent dans leurs yeux gris L’éclat de l’anthracite, l’image des frères partis Et parfois, le long des chevalets d’un puits Coulent leurs larmes et une odeur de nostalgie. Leurs mémoires vagabondent le long des galeries En compagnie d’un porion sous les ans disparu, D’un galibot beaucoup trop vite enseveli, Gueules noires qui partageaient leur vie ardue. Et dans un vent du Nord, Leurs voix chantent encore.
Debout sur le carreau déserté de la mine Parfois leurs rares pleurs qui les mouillent Dégoulinent au fond de la fosse orpheline Pour s’unir en ultimes noces à des restes de houille. Parsemés ça et là, des essaims de croix s’exposent Dans ces plaines étreintes par les coteaux boisés Sous lesquelles des hommes dans la Paix reposent, Jadis ennemis, dans la mort frères pour l’éternité. Mais des caps jumeaux aux nez Blanc ou Gris Jusqu’aux millénaires respectables dames Ardennes, Le Nord s’étend, s’allonge, respire, chante et revit Après trop de blessures, de drames et de peines. Et dans le vent du Nord Leur souvenir jamais ne s’endort
Après des décennies de drames et de souffrances, Les carillons font tressaillir les beffrois réveillés ; Le Nord se réveille doucement de cette somnolence, Entraîne tout un fier peuple assoiffé de projets. Des Trains Goulus Véloces avalent les distances Sans un regard pour ces paysages si beaux, Ils les dévorent poussés par une folle impatience Jusqu’à disparaître et s’engloutir sous les flots. A nouveau les cheminées ressuscitées respirent, Psalmodient de jeunes machines endiablées ; Un regain vorace tente d’esquisser son empire Sur ce pays trop longtemps désenchanté. Et dans le vent du Nord, Un chant d’espoir ressort.
Les immenses et altières bâtisses flamandes Goûtent et caressent un renouveau heureux, Elles épient le long des places ensoleillées, Campées sur les arcades, repaires d’amoureux. Le docile houblon tant vénéré des aïeux S’impatiente de rejoindre ses chères brasseries Pour s’y apprêter et se parer de sa Belle Bleue Qui, en fête, va jaillir et distribuer de la vie. De Dunkerque aux sommets des Ardennes Des rues lancent le défi de se maquiller, Derrière Carnaval sont masquées les peines, Un peuple gai rit, danse, chante et renaît. Et dans le vent gai du Nord, S’élève un chant aux tons sang et or.
Aux portes d’un timide printemps renaissant S’évadent un maroille, un waterzoï, une flamiche Qui accordent leur fumet aux quatre vents Dans une liesse où pas un masque ne triche. Noyés par des lampées et des gorgées de bières, De fiers géants embrassent les pavés en dansant ; Reuze Papa, Reuze Maman, Binbin ou Gayant Drainent leur fidèle cour dans une liesse populaire. Toiles vivantes de Matisse et de Watteau, Un peuple réchauffe l’étranger de sa chaleur, Lui ouvre les yeux sur un pays nouveau Et le laisse partir, nourri et rempli de bonheur. Et dans le vent tiède du Nord, Balancent les notes d’un chant qui se dore.
Des morceaux d'azur accroché par les clochers Mats de pierre pinceaux qui décorent le pays De tons pastel et chauds qui l’égaye à jamais Pour effacer des cieux trop souvent lourds et gris. Ils libèrent dans la brise des troupeaux de nuages Qui, de ce pays, deviennent ambassadeurs, Personnages en voyage qui distillent au passage Des couleurs, des parfums, des images du bonheur. Cette terre chargée de joies, de souvenirs de drames, Terre blessée, nourrie, saignée, abreuvée, enrichie Par deux mille ans de cris, de chansons, de vacarmes, Sent poindre de ses entrailles un avenir qui sourit. Et dans un chaud vent du Nord, Part un chant des Ardennes jusqu’aux ports.
Assis dans un grand coin bleu du Paradis, Vidocq, Blériot, Dupleix, Pierre et tant d’autres Admirent ce qui fut de leur enfance le Noir Pays Et pensent « qu’il est beau ce pays qui est nôtre. » Dans le vent, ils chuchotent « Allez les enfants, Sur votre fier vaisseau aux multiples mats de pierre Faites route, fiers et crânes, vers tout le continent ; Par delà la mer, osez affronter l’Angleterre. Dignes enfants des fils laborieux de Germinal Faites briller notre Nord de Wattrelos à Arras, A votre vert pays faites chanter Floréal Qu’il tinte au cœur du Quinquin et de Bidasse. »
Alors, dans le ciel bleu des nuages s’effilochent, Charment les beffrois et les clochers altiers, Tours impassibles auxquelles ils s’accrochent Pour former tous ensemble une chaine d’amitié. Patiemment, les blanches falaises rivalisent Avec la mer du Nord qui sans fin les harcèle, Elles opposent leur blancheur à l’onde grise Se maquillent d’un soleil qui les rend plus belles Sous les pinceaux des peintres qui les adorent, Brillent ces murs du Nord que rien n’édulcore.
Yann Brugenn 23 mai 2009
Trigwen Tous droits réservés. © Copyright mai 2009
Photos : Joëlle Rey. © Jo Rey 2009 Tous droits réservés. Un grand merci à elle pour son talent et son autorisation. May 20 La vie des animaux revue sans être corrigée !
Un peu (beaucoup) de rire ou de sourire dans ce monde perturbé ! May 08 Mystères éoliens. Chapitre 32 : Oiseau nomade cherche abri désespérément.MYSTERES EOLIENS
Chapitre 32OISEAU NOMADE CHERCHE ABRI DESESPEREMENT.Penchée sur le corps de son ami endormi et avachi, Chloréale, avec un pétale, lui caressait tendrement le crâne. D’une petite voix angoissée, elle s’adressa à Brigantia :- Dites-moi Brigantia, il est vraiment malade ! Regardez, il ne bouge pratiquement pas et n’a pas émis un bruit. Ce doit être sérieux vous savez.- Pas du tout ma jolie fleur ! Ton cher ami s’est pris à abuser de boissons qui lui sont montées à la tête. Il faut laisser le temps aux vapeurs d’alcool de s’en aller. Après il se réveillera comme s’il avait dormi comme un oisillon.- Et il ne souviendra de rien ?- Si bien sûr mais il va supporter un réveil quelque peu difficile et douloureux. Ne te tracasse donc pas. Ça passera. La prochaine fois, il saura ce qu’est la modération.Un gémissement se fit entendre. Tous tournèrent la tête vers le goéland qui sortait de sa profonde torpeur. Il se leva, avança de quelques pas et se serra la tête entre les ailes- Ouh ! Qu’est ce que je peux avoir mal au crâne ! J’ai l’impression qu’il va éclater et j’ai mal au duvet !Sarcastique, Bricta rétorqua :- C’est à ce point ? Et bien mon cher Becauvent, ton voyage t’a été plus que profitable il me semble. Tu as découvert les boissons locales je suppose ?- No… non ! Euh... Une ou deux petites gorgées pour me réchauffer sans plus.- Sans plus tu es sur ? Vu l’état dans lequel tu nous es arrivé et la façon que tu avais de voler, nous avons la certitude que ce furent plus de deux gorgées !- Oui d’accord ! Peut être trois à la rigueur !- Ah bon ? Et quand tu ne bois que trois gorgées, tu chantes à tue-tête des chansons osées en plein ciel devant des femelles ?- Allez ! Ça va ! On ne peut rien vous cacher. J’avoue que j’ai vidé des fonds de verres mais c’était si bon et si tentant. Le harfang tenta de défendre son copain :- C’est tout à fait compréhensible. Beaucoup d’efforts, de nombreuses heures de vol dans le vent, cela demandait bien un petit remontant pour se donner du courage aux ailes, pas vrai ?- Exactement ! Toi tu me comprends Avisophe. Bricta, je peux vous demander une faveur s’il vous plaît ?La déesse réagit :- Demande toujours, on verra mais si c’est pour une gorgée d’alcool, je ne pourrai pas. Je suis déesse pas débitante d’alcool.- Ah c’est très amusant de vous moquer de ma détresse profonde et de ma douleur ! Je voudrais juste que vous parliez tous un peu moins fort, cela me ferait grand bien.- Que nous parlions moins fort ?Onduline parut surprise par cette requête.- Oui car chaque fois que vous discutez, j’ai toutes les cloches des environs qui se donnent rendez-vous dans ma tête pour m'y offrir un concert gratuit.Le harfang éclata de rire. Becauvent plissa les yeux, se prit la tête dans les ailes :- Pitié ! Moins fort ! Si vous saviez comme j’ai mal au crâne. Mais… dites-moi Bricta, vous êtes bien une déesse aux pouvoirs de guérisseuse ?- En effet ! Cela fait partie de mes attributions. Pourquoi donc ?- Alors, vous n’auriez pas un petit remède pour moi afin de chasser ce mal de tête incessant et omniprésent ?- Oui, en effet, je pourrais t’en concocter un mais je ne le ferai pas.La réponse tomba, sèche et sans ambages- Mais ? Pourquoi donc ce refus, déesse ? Je croyais que vous soigniez ceux qui endurent des souffrances !- Mon bel oiseau, tu as abusé de boissons fortes, c’est ton droit. Il te faut désormais assumer cette petite erreur. La prochaine fois, tu réfléchiras à deux fois devant des fonds de verres. Prends ton mal en patience, il va s’envoler de lui-même.Chloréale fut choquée par les propos de Brigantia :- Je vous trouve fort sévère avec lui déesse. Après tout ce qu’il a fait pour nous.- C’est vrai. Il s’est beaucoup dévoué et a fait preuve de beaucoup d’abnégation mais j’agis de la sorte pour son bien. Imagine qu’il recommence et qu’un homme passe à côté de lui. Crois-tu que cet homme le laissera ? Je crois qu’il s’amusera plutôt avec lui à ses dépens. Donc, il lui faut cette leçon qui va le marquer.- Finalement vous prévenez plutôt que vous guérissez.- Absolument. Tu as parfaitement compris ma démarche. C’est une toute autre manière de soigner.Tout en maugréant, Becauvent rejoignit finalement le cercle de ses amis : - J’espère que tu n’as pas commencé à raconter tes aventures pendant mon sommeil Avisophe. - Non, sois sans crainte. Nous attendions que tu émerges de tes vapeurs maudites pour débuter. Curieux d’en savoir plus sur son acolyte, le goéland fut le premier à questionner Avisophe : - Donc, si je me souviens bien, tu nous arrive tout droit du septenquilon ? - Du quoi ? Qu’est ce que tu me racontes là Becauvent ? - Je ne fais que répéter ce que tu nous as raconté hier. Que tu venais du nord ! - J’arrive du septentrion Becauvent ! Le SEPTENTRION ! Il va falloir que tu te mettes ce mot en tête parce que si tu te mets à en inventer nous ne sommes pas sortis de l’aire. - D’accord ! D’accord ! Le septentrion mais si tu employais des mots plus simples, je m’y retrouverais et les autres aussi. Ainsi, tu arrives du nord et ce Nord, c’est ton pays natal ? - Ah non ! Je suis né dans un immense pays couvert de magnifiques forêts et recouvert de neige durant l’hiver. Un pays où même les fleuves, recouverts d’une armure de glace, sont immobiles en hiver. Un pays qui se situe à l’autre bout de l’océan. Effarée par cette déclaration, Chloréale intervint : - Parce qu’il existe un pays de l’autre côté de la mer ? - Oui chère Chloréale. Bien au-delà de la ligne où disparaît le ciel et le soleil dans l’océan se trouvent d’autres pays qui n’ont rien à voir avec le nôtre. Le goéland sursauta et, sûr de lui, assura : - Qu’est ce que tu nous racontes comme carabistouilles ? Tu as bu toi aussi ma parole ! Un pays de l’autre côté de la mer ? Mais tu rêves debout mon cher. - Comment cela je rêve? Selon toi ce ne sont que des balivernes ? - Bien sûr ! Au bout de l’océan, tout là bas au fond, se trouve un gouffre d’une profondeur insondable et rien d’autre ! - Un gouffre ? Pourquoi donc assures-tu cela ? - C’est évident ! Il suffit de voir le soleil tomber dedans et disparaitre chaque soir. Même le ciel et les nuages y plongent et sont engloutis par les flots. Un pays de l’autre côté ! J’aurais tout entendu. Face aux certitudes du goéland, la déesse intervint : - Mon cher Becauvent, tu es courageux c’est vrai mais je crois que notre ami Avisophe a beaucoup à nous apprendre et à toi en particulier. - Ah bon ? Puisque vous le dites. Rassuré, le harfang put continuer son récit non sans reprendre son ami : - Becauvent mon cher, il serait grand temps que tu voles plus loin que tes côtes et que tu oses t’aventurer bien au-delà des navires de tes amis pêcheurs. Il te reste de nombreuses contrées à découvrir. Ta petite virée d’aujourd’hui devrait te convaincre d’ailleurs. - Hummm ... C'est vrai. Je n’avais pas vu cela sous cet angle. Je te prie de m’excuser pour avoir mis ta parole en doute. Va, continue ; je me tais et suis toute ouïe. Onduline, toute éberluée par le récit du harfang, remarqua : - Mais alors, tu as fait presque comme moi. Tu as traversé tout l’océan pour parvenir jusqu’à ce Nord dont tu nous parles. ? Nous avons fait connaissance avec un véritable aventurier ! - Non ma beauté, je n’ai pas traversé l’océan et je n’en aurais trouvé ni le courage ni la force. J’ai survolé des pays de part en part pour finir par me fixer dans le Nord. Incorrigible, Becauvent ne put se retenir : - Tu fais partie des oiseaux du voyage alors ? Jamais au même endroit, toujours à changer de lieu de résidence et en perpétuel mouvement. Tu transportes ton nid sur ton dos je suppose ? - Non ! Pas de nid encombrant à transporter mon cher mais tu ne te trompes guère quand tu parles d’oiseau du voyage. C’est tout à fait cela. Le goéland ouvrit un bec béant d’admiration : - Qu’est ce que tu as du visiter et parcourir comme pays ! Je suis certain que tu as du affronter d’autres vents. Peut être que tu nous aideras à retrouver celui qui nous hante. - Peut être ! Mais je ne les ai pas en tête. Ils me reviendront au fur et à mesure de mon récit. - Dommage parce que je compatis sur toi pour m’éclairer sur des noms de vents que j’ai entendus. – Des noms que tu as entendus ? Où ça ? - Dans la cité où je vous ai trouvé à manger. Des humains parlaient de leurs voyages et leurs aventures et certains ont parlé du khamsin, du chergui, du sirocco et d’un harmattan. J’ai compris qu’il s’agissait de vents mais impossible de me souvenir s'il s'agit de celui qui nous cause tant de tracas. - Désolé Becauvent mais je n’ai jamais entendu parler de ces vents là ! Le regard plein d’espoir, le goéland se tourna vers la déesse : - Vous Bricta, vous devez connaître ces noms je suppose ? - Pas du tout Becauvent. Le spécialiste des vents, c’est le dieu Eole. - Mais alors où se trouve le problème ? Vous connaissez Eole et vous devez bien vous croiser parfois ? - Je le croise de temps à autre c’est vrai. Pourquoi donc cette question ? - Vous devez bien discuter entre vous et il a du vous parler de ces vents mystérieux qu’il dirige. - Je le vois en coup de vent si je peux m’exprimer ainsi mais nous n’avons guère le temps de discutailler tous deux. Eole est en perpétuel mouvement en divers lieux sur terre et dans les airs. - Il ne s’arrête donc jamais ? Le repos il connait ? - Non Becauvent ! C’est un dieu voyons ! Et les dieux ne prennent que peu de repos. Eole, lui, est un dieu hyperactif qui ne cesse de remuer et s’agite dans tous les sens pour commander ses armées de vents et les mener au combat en divers endroits. - Mais jamais vous ne lui parlez ? Jamais vous n’avez de discussions sur votre travail divin ? - Très rarement et lorsque c’est le cas, il ne cause pas de ses sujets. Chacun de nous possède des attributions bien précises. Lui agite ses vents et moi, je voyage pour distribuer la lumière sur la terre. Chloréale désira comprendre mieux : - Pourquoi donc ne vous parle - t’il jamais de ses guerriers vaporeux ? - Parce les dieux et les déesses sont très jaloux de leurs pouvoirs et les gardent comme un précieux secret. Pour rien ils ne divulgueraient un infime renseignement. Même pas sur une parcelle de ces pouvoirs qui font leur force et leur puissance ! Un peu abattu et déçu par l’absence d’une réponse trop attendue, Becauvent s’adressa sans tarder au harfang des neiges : - Tu nous parles d’un pays au-delà de l’océan. D’accord ! Comment donc s’appelle ce pays où tu es né ? - le Canada ! J’y reviendrai plus tard. Chaque chose en son temps, ne sois pas si impatient Becauvent. Tout d’abord, je suis arrivé dans votre contrée par erreur alors que je vis actuellement dans le Nord. - Tu vis définitivement dans le Nord ? Tu as quitté ton mode de vie de nomade ? - Oui Becauvent. Voici un petit bout de temps, j’en ai eu assez de voler de pays en pays, sans attaches fixes, sans famille. Nous avons pris la décision de nous installer et le sort a voulu que nous élisions le Nord pour domicile. - Comment ça nous. Tu n’étais pas seul ? - Non. Je suis arrivé avec ma femelle. - Avec ta femelle ? C’est nouveau ça ! - Non pas si nouveau que ça. Je l’ai rencontré lors d’un de mes vols en solitaire lorsque je quittais le Canada et depuis, nous avons toujours volé ensemble. - Heureux harfang ! Voilà qui attendrissant mais ensuite, qu’avez-vous fait ? Les questions de Chloréale se faisaient de plus en plus précises. - Nous venions de traverser des pays aux noms étranges : Pays-Bas, Wallonie, Belgique et quelques autres lorsque nous nous sommes posés sur un toit dans une grande cité. Tout de suite, nous nous sommes plu dans cet endroit aux maisons et immeubles de toute beauté. J’ai pris la ferme décision de nous y installer. - Vous installer dans une ville, sur un immeuble mais pourquoi cette idée saugrenue ? - Saugrenue ? Pas du tout ! Du haut de ces habitations, je pouvais avoir une superbe vue d’ensemble, je prenais de la hauteur. Cependant, nous nous en sommes lassés et avons cherché plus confortable. - Cet immeuble ne convenait pas à ta grandeur ? ironisa Becauvent - Trop balayé par les vents ! De plus, je ne supportais plus le vacarme incessant de ces engins qui avancent seuls dans les rues, ces machines sur roues domptées par les hommes. A cela venaient s’ajouter les odeurs nauséabondes qu’elles dégageaient par derrière elles. Onduline remarqua : - Comme je te comprends ! Certains bateaux dégagent la même odeur désagréable. Qu’avez-vous fait alors ? - Nous avons survolé de nouveau la cité et nous sommes arrêtés dans un imposant beffroi. Onduline et Chloréale, à l’unisson lancèrent : - Un beffroi ? Qu’est ce que c’est ? - Une grande et fort belle tour qui surplombe l’habitation où se réunissent ceux qui dirigent la ville. Tu peux y pénétrer et t’installer bien à l’abri. Cela rappelle un peu ces flèches que j’ai vues dans vos villages, ces immenses flèches qui s’élancent vers les nuages. - Les clochers, réagit Becauvent qui continua : - Et tu as adopté ce beffroi je présume ? - Absolument ! Nous y avons d’ailleurs élu domicile ! - Je m’en doutais, quand je disais que tu ne pouvais vivre qu’au sommet je ne me trompais guère ! - C’est un fait. Au début, nous nous y sommes plus et nous avons fait connaissance avec les autres habitants. - D’autres oiseaux vivaient déjà là ? - En effet, un orfraie et sa femelle. De charmants voisins en l’occurrence. Becauvent interrompit son camarade : Mais moi aussi j’ai un orfraie comme voisin ! Tu prétends qu’ils sont charmants ? Je trouve que tu as d’étranges relations mon cher Avisophe. - Et pourquoi donc ? Ces orfraies se sont montrés fort sympathiques dès notre arrivée dans le beffroi. Qu’y a-t'il de singulier à cela ? - Un orfraie j’en connais une et je ne la connais même que trop ! Bricta brisa le dialogue entre les deux compères pour intervenir : - Toi, tu t’es encore accroché avec quelqu’un, je le sens. - Et pourquoi donc cette remarque désobligeante Bricta ? - Parce que nous connaissons ton caractère peu facile ! - Vous n’y êtes pas du tout. Il se trouve que je suis gêné par une chouette orfraie chaque nuit. Le bruit sourd de ses battements d’ailes et son sifflement rauque m’empêche de dormir. Comment veux-tu vivre en bonne intelligence avec un voisin si bruyant ? - Tu devrais pourtant être habitué toi qui lâche des cris stridents. - Je n’y parviens pas. Cet oiseau est une excentrique qui ferait mieux de dormir la nuit comme tout le monde ou alors ... Chloréale l’interrompit dans ménagement : - Ou alors quoi Becauvent ? Tu ne pourrais pas te montrer un peu plus tolérant avec tes semblables dis ? - Mais ce n’est pas mon semblable. C’est une chouette orfraie que je suppose insomniaque. Avisophe le corrigea aussitôt : - Aucunement. C’est son mode de vie c’est tout. Tu as pour voisin un oiseau noctambule. - Charmant ! S’il n’y a que cela, je connais un remède infaillible pour le faire dormir. Bricta intervint, presque sarcastique : - Je ne crois pas que ce soit la meilleure de tes idées. On a vu comment ton remède miracle soignait. - Pourquoi tant d’ironie Bricta ? Cela m’a bien fait dormir non ? - En effet mais à quel prix ! A propos, tu ne parais plus avoir mal au crâne. - Non ça a disparu avec le temps. Vous aviez raison. C’est bien, laissons tomber mes problèmes de voisinage et revenons aux mésaventures d’Avisophe. Ainsi, vous vous plaisiez dans votre espèce de tour et alors ? - Ma tour comme tu l’appelles porte le nom de beffroi et nous nous sommes trouvés confrontés, ma femelle et moi, à un inconvénient de taille. - Encore ! Mais tu es un éternel insatisfait ma parole ! Rien ne te convient. - Avant de me critiquer, écoute plutôt espèce de rigolo ! Nous avons préféré changer d’habitation parce que régulièrement, les hommes, une espèce qui semble aimer le bruit, faisaient résonner des engins étranges en métal frappés par des sortes de masses rattachées à des cordes ! Brigantia parut étonnée : - Ils frappaient sur des cloches pour le plaisir ? Tu en es sûr ? - Sûr et certains Brigantia. Dans les beffrois, comme moi ces hommes grimpent au sommet, ils tapent avec leurs poings sur des morceaux de bois et jouent une musique insupportable… enfin... ce qu’ils appellent de la musique. - Pourquoi donc insupportable ? - Mais imaginez-vous un instant vivre dans un lieu et entendre à proximité de votre perchoir de gros battants de métal frapper des familles entières de cloches qui tintinnabulent. - J’imagine aisément. Ce doit être plutôt joli à entendre. - Vous voulez rire ? Nous nous trouvions en présence de furieux qui tapaient sur les morceaux de bois pendant d’interminables instants. Le pire, c’est que ce genre de passe-temps musical semblait leur plaire ! - Avisophe ! Tu oublies que tu habitais dans leur beffroi tout de même. Ils sont en droit de s’y divertir si bon leur semble. - Et bien qu’ils s’amusent autant qu’ils veulent mais sans moi comme spectateur ! Entendre tintinnabuler tous les jours et parfois le soir ? Ah non ! Trop peu pour moi ! Ces étranges objets de métal devenaient intenables à mes oreilles et perturbaient sérieusement notre tranquillité ! - Je suppose que vous avez déguerpi de ce beffroi que vous occupiez clandestinement ? - Exactement Brigantia et je l’ai fait sans aucun regret. Becauvent laissa parler sa curiosité : - Tu as choisi un autre toit plus calme situé ailleurs ? - Non ! Nous avons quitté cette ville à la recherche du calme, d’une tranquillité réelle. Après avoir survolé cette région, nous nous sommes arrêtés sur la Côte d’Opale et nous nous sommes posés au sommet d’un grand arbre mort qui était planté non loin d’une plage. C’est là que j’ai décidé de nous installer. - Un arbre mort dis-tu ? Mais ce doit être fort inconfortable. Chloréale semblait surprise par l’endroit choisi par Avisophe. - Mais pas du tout ma jolie fleur, pas le moins du monde ! C’est tout à fait le genre de lieu où j’aime m’arrêter et me reposer. J’aime me situer en hauteur pour observer au loin c’est vrai. D’ailleurs, lorsque Becauvent vous a précisé très gentiment hier que j’aimais vivre dans les hautes sphères, il n’avait pas si tort. - Et tu ne tombes jamais ? - Jamais ! J’ai des serres qui agrippent la branche et je m’installe. Ce petit coin où nous avons élu domicile est charmant. Seul petit inconvénient : les hommes ! Onduline, elle aussi déconcertée par le choix d’habitation d’Avisophe, tentait d’obtenir plus de renseignements : - Les hommes ? Et pourquoi donc ? Ils cherchent à vous déloger de votre perchoir ? Ils sont tapageurs ? - Non ce n’est pas cela qui me tracasse mais juste qu’ils se révèlent très ingénieux. Trop peut être ! Ils ont eu la mirobolante idée de creuser un gigantesque et long passage sous la mer. - Un passage sous l’océan mais pourquoi donc cette idée farfelue ? Onduline paraissait de plus en plus déroutée. La devinant perplexe, Avisophe l’éclaira de suite : - Pour que s’y engouffrent de gigantesques chenilles mécaniques. Des chenilles qui avancent sur des rubans d’acier et foncent vers l’autre côté de la mer. - Des chenilles géantes sous la mer ? Mais ils sont totalement fous ces hommes. La mer va leur tomber dessus. - Et non ma chère Onduline. Ces diables d’hommes sont parvenus à bâtir un abri solide pour ce couloir souterrain et c’est bien là mon petit drame. Tous les jours, j’entends le bruit incessant de leurs véhicules et vois passer ces chenilles qui disparaissent sous ce passage. C’est d’un ennui ! Je ne suis pas un bovidé et n’ai pas vocation à regarder passer ces engins impassiblement toute la journée durant. - En effet, à la longue ce doit être un spectacle plutôt lassant. - Qu’importe ! Nous habitons tout de même à bonne distance et c’est vivable. Alors que cette explication suffisait à tous, le goéland s’avança vers le harfang. A son air amusé, ses camarades devinèrent qu’il avait une phrase ou une répartie en réserve et qu’il n’allait pas tarder à se faire encore remarquer.
Yann Brugenn mai 2009 Trigwen Tous droits réservés. © Copyright mai 2009
Un grand merci à Joëlle Rey : http://harfang1957.spaces.live.com/ pour ses photos originales. Annie : http://anniedelierroultambre2.spaces.live.com Cassiopée de Vénus Créations http://nicol55unitedstates.spaces.live.com Liliane : http://paloma3922.spaces.live.com pour leur gentillesse, leur disponibilité, leurs créations et leur talent April 22 Mystères éoliens. Chapitre 31 : Un retour mouvementé et indécis. (Suite et fin du billet précédent)MYSTERES EOLIENS
Chapitre 31
RETOUR MOUVEMENTE ENTRE VENTS ET VAPEURS.
(Suite et fin du chapitre 31 fait en deux billets par manque de place)
Le goéland avança en vacillant vers ses amis et pénétra dans l’abri, marchant à peine droit. Sitôt franchie l’entrée, Le goéland laissa tomber les sacs par terre, tituba, tomba en arrière et se retrouva le croupion sur le sol. - Saleté de vent ! Même ici il vient m’enquiquiner ! Il éprouva du mal à se relever et se remit à marcher de travers. Faisant le tour de la caverne de son regard, il baragouina quelques mots, avança d’un pas flageolant et vint se taper le bec contre la paroi. Il donna un coup de palme contre celle-ci et insulta le rocher : - ça suffit ! Ote-toi de mon chemin ! Ce n’est pas encore un mur muet qui va me pourrir la soirée ! Il fit un demi-tour en vacillant et se dirigea vers Chloréale, saisit sa feuille tremblante et, du bout du bec, lui fit un baise-feuille en annonçant fièrement : - Charmante rose, soyez la bienvenue parmi nous ! Troublée par ces mots et ce comportement inhabituel, le nymphéa n’y comprenait plus rien. Becauvent se tourna vers Onduline, souleva les doigts de la sirène et, l’effleurant de son bec, déposa un infime baisemain avec ces mots : - Princesse ! Vous parmi nous ! Quel honneur ! Tous se montrèrent inquiets de l’état de leur ami. Avisophe s’interrogea : - Mais qu’est ce qu’il raconte ? Qu’est ce que c’est que ces billevesées ? La déesse s’approcha de lui et les rassura : - Il est ivre ne vous inquiétez pas ! Elle fixa l’oiseau d’un regard réprobateur : - Becauvent tu sens l’alcool ! Comment cela se fait-il ? Tu as bu ? Reculant devant Bricta, l’oiseau manqua de tomber à la renverse dans le ruisseau qui coulait dans le goulet de la grotte. La déesse le retint de justesse par une aile : - Je t’ai posé une question Becauvent ! As-tu bu ? Face à cette question insistante et teintée d’autorité, il rétorqua en bredouillant : - Non…Non… je ne suis pas saoul ! J’ai bu quelques verres pour… hips … ne pas attraper froid et résister aux attaques des vents et des bourrasques infernales. Il continua de se justifier dans un galimatias qui laissa ses amis pantois : - Se boire un petit verre par les vents qui soufflaient ne m’a a pas semblé superfétatoire ! La déesse fit un signe de la main au harfang qui la rejoignit : - Vous désirez Brigantia ? - Un petit coup de main Avisophe. Discrètement, nous allons pousser notre ami dans le goulet. - Ah bon ? Et pourquoi cela ? - Une petite baignade dans l’eau froide lui remettra les idées en place pour quelques instants. Prêt ? - Prêt Brigantia ! - On y va ! Pousse ! En moins de temps qu’il ne fallut pour le dire, ils basculèrent le goéland et le plongèrent dans l’eau pour qu’il dessaoule. L’oiseau, totalement immergé dans le goulet se débattit et battit des ailes de toutes ses forces. D’un pas hésitant et en se secouant les plumes, il parvint à s’extraire tant bien que mal du goulet et vociféra : - Non mais ça ne va pas ! Qu’est ce qui vous prend ? C’est un coup à attraper un coup de froid et des maladies ! Pourquoi donc ce geste et cette violence ? D’un regard autoritaire, la déesse maîtrisa Becauvent : - C’était indispensable Becauvent ! - Indispensable ! Indispensable ! Mais pourquoi donc ? - Tout simplement pour que tu évacues un partie des vapeurs qui t’embrument l’esprit. Alors maintenant tu peux nous expliquer ce que tu nous as ramené ? Calmé, le goéland leur annonça : - Livrés à domicile, gratuitement, service compris ! Je pense que vous n’allez pas être déçus d’avoir attendu si longtemps. - C’est à ce point demanda Onduline, impatiente. - À vous de juger ! Tenez, je vous ai apporté de quoi vous régaler. Même vous Bricta, vous devriez y goûter ! C’est un délice ! Vous allez vous en rendre comte par vous-même, j’ai ramené de quoi festoyer et calmer votre faim. Il se tourna ensuite vers Avisophe : - Je ne t’ai pas trouvé de mulot ou de musaraigne mais je pense que ces victuailles seront aussi à ton goût. Il s’approcha de Chloréale et, d’une voix douce, lui annonça : - J’ai aussi pensé à toi ma jolie fleur. Tiens, dirige-toi vers cet autre sac et regarde bien ! Le nymphéa trottina sur son rhizome et se pencha dans le dit sac : - Ohhh ! Mon beau héros ! Tu as vraiment pensé à tout ! Tu es adorable ! Chloréale tremblait tant l’émotion était forte et la surprise belle. Becauvent la souleva par la feuille : - Allez, rentre dans ce sac et baigne toi tout ton saoul ma jolie fleur. Sitôt son rhizome plongé dans l’eau et le fond de vase, le nymphéa laissa échapper un long soupir de jouissance et de contentement sous le regard attendri de ses amis. Devant la réaction de Chloréale, tous pensèrent que Becauvent avait mis les bouchées doubles pour les contenter. Ils se réunirent en cercle et commencèrent à déguster les différents mets rapportés par l’oiseau. Durant le repas, l’oiseau raconta par le détail de son festin dans la cité : - J’ai eu le plaisir de rencontrer une humaine d’une gentillesse incroyable ! C’est elle qui a deviné que je cherchais à manger et elle s’est démenée pour remplir un des sacs ! Elle m’a invité à sa table et j’ai partagé une partie de son repas ! Ce fut un réel plaisir que de partager son déjeuner avec moi ! Un festin vous dis-je ! Bricta, avec un sourire amusé, lâcha : - Je constate qu’il n’y a pas que les oiseaux que tu charmes ! Monsieur Becauvent séduit aussi les femmes ! - Mais non ! Qu’est ce que vous allez chercher là ? Je crois tout simplement qu’elle aime la nature et les animaux. D’ailleurs cette humaine m’a quitté pour aller se promener et chercher l’inspiration. Onduline le coupa : - Chercher l’inspiration ? Mais pourquoi donc ? - Cette charmante humaine écrit et raconte des histoires. Qui sait ? Peut peut-être racontera t’elle sa rencontre avec un goéland en vadrouille ? Ses camarades avaient le regard brillant. Ils enviaient presque le goéland pour son épopée. Celui ci ne put se retenir de leur décrire ce qu’était l’endroit où il avait fait halte : - Si vous aviez vu cette cité ! Des murs immenses sur lesquels je me suis baladé dans les rayons d’un beau soleil de printemps ; un vrai soleil de printemps ! Des murs gigantesques avec des grands mats de pierres massifs et une mer ! Une mer ! A ces mots, Onduline réagit : - Mais qu’avait-elle donc cette mer pour que tu t’enflammes autant ? - Mais c’était une mer d’un calme ! Un calme que j’avais presque oublié. Presque une mer d’huile ! Voilà un spectacle qui commençait à me manquer. Et puis, j’ai eu droit enfin à un ciel plus serein, moins de nuages et quelques belles taches de ciel bleu. J’ai retrouvé enfin un ciel égayé par un soleil qui était parvenu à percer les nuages ! - Quelle chance tu as eu mon beau goéland soupira Chloréale ! - Une chance en effet car cela m’a donné du courage et des forces pour repartir avec toute cette nourriture accrochée au bec. Ils continuèrent à se nourrir au rythme des mots du goéland. Un rythme qui se ralentit petit à petit. Becauvent leur annonça : - Oooh ! Je sens comme une faiblesse qui s’empare de moi ! J’ai un soudain besoin de sommeil… Un hoquet remua le poitrail de l’oiseau. Sa voix était devenue à nouveau hésitante, les mots de moins en moins compréhensibles. Un second hoquet secoua Becauvent. L’oiseau se mit à vaciller et recommença à bredouiller un charabia presque inaudible. - Ooooh ...! J’ai la tête qui tourne et le cœur à l’envers ! Hipps ! Bricta, je ne me sens pas bien du tout. Je suis malâââde ... Bricta ! Bric... Becauvent n’eut pas le temps de terminer sa phrase et, sans prévenir, s’écroula de tout son long par terre. En l’espace de quelques secondes, il ne bougea plus. Tous, à l’exception de Brigantia, firent preuve d’inquiétude à la vue de l’oiseau inerte. Anxieuse, Onduline interrogea : - Mais que lui arrive-t-il ? Il est vraiment malade ? A son tour, Chloréale prit peur : - Brigantia, il ne va pas mourir, dites ? Mon Becauvent ne va pas mourir ? Brigantia apaisa la sirène et le nymphéa angoissés : - Non. Pas du tout ! Soyez tranquilles ! Là, il cuve son alcool. Affalé sur le sol, les ailes en croix et la tête sur le côté, Becauvent dormait profondément, laissant par intermittence échapper un ronflement éraillé. La déesse continua son explication : - Le voyage de notre ami s’est certes révélé harassant mais il a été aussi très instructif pour lui ! Notre cher Becauvent a goûté à certains breuvages qui font tourner la tête et il en a certainement abusé ! Chloréale restait profondément inquiète : - Vous êtes certaine que c’en est la cause ? - Absolument certaine et je dois reconnaitre que pour un coup d’essai ce fut un coup de maitre ! Venez, terminons notre repas et, quand il se réveillera, nous pourrons reprendre nos conversations si enrichissantes. Chloréale semblait cependant pensive. Elle regarda le harfang, l’air interrogateur : - Dis-nous Avisophe, tout à l’heure tu nous as bien expliqué que tu avais entendu des chansons dans de nombreuses langues ? - Oui c’est exact. - Mais alors, tu as visité tant de pays que cela ? - En effet et beaucoup plus que tu ne pourrais l’imaginer car j’ai beaucoup voyagé. - D’où arrives-tu donc vraiment ? - Oh de très loin vois-tu ! D’un pays situé plus loin que la ligne qui s'étire à la limite de l’océan ! - Si loin que ça ! Allez, ne me fais pas languir. Dis-nous d’où tu viens ? Ma chère Chloréale je vous révélerai mes origines tout à l’heure. - Mais pourquoi donc nous faire tant patienter ? - parce que je ne débuterai pas mon histoire tant que Becauvent n’aura pas émergé de ses vapeurs. Si je commençais sans lui, il pourrait le prendre fort mal. Il nous en ferait grief et ce, à juste titre. Notre ami pourrait alors nous offrir une de ses colères dont il détient le secret. Brigantia intervint dans la conversation : C’est exactement ce que je pense. N’oublions pas la susceptibilité de notre ami. Et puis, après tout, son aide précieuse et son dévouement mérite qu’on l’attende patiemment. D’une seule voix, les trois autres habitants de l’antre lâchèrent un oui si sonore qu’il fit écho dans la grotte. Les quatre occupants terminèrent leur petit festin en veillant sur leur valeureux ami.
Yann Brugenn Avril 2009
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Mystères éoliens. Chapitre 31 : Un retour mouvementé et indécis. MYSTERES EOLIENS
Chapitre 31
RETOUR MOUVEMENTE ENTRE VENTS ET VAPEURS
Battant des ailes vigoureusement malgré le vent qui devenait de plus en plus violent, le goéland discuta avec ses compagnes de vol et blagua avec elles. En pleine discussion, il expliqua la fermeté grandissante des vents qui balayaient la contrée : - La violence du vent et à la pluie qui tombe dru ! Je peux vous annoncer que nous approchons de notre destination. Le goéland se remémora ce que les mouettes lui avaient appris en si peu de temps. Et sui la solution venait d’elles ? Il ne put se retenir car l’occasion était trop belle : - Dites-moi les beautés des cieux, vous avez d’en connaître un rayon sur la région. Je peux vous poser une question ? - Mais bien sûr ! Si nous pouvons t’être d’une aide quelconque. Rempli d’espoir, Becauvent se lâcha : - Le khamsin et le sirocco, cela vous dit quelque chose ? Elles se regardèrent, interrogatives et répondirent ensemble : - Rien du tout ! Ces mots nous sont inconnus. - Ah ! Et l’harmattan ou le chergui vous sont peut être plus familiers ? - L’harmattan dis-tu ? Jamais entendu parler ! Mais où as tu entendu ces mots. Ils ne semblent pas sortir de chez nous. - Dans la cité ! Des humains les ont prononcés mais je n’en sais guère plus. Vous êtes bien une habituées des lieux ? - Oui, sinon nous ne t’accompagnerions pas dans ton vol. Pourquoi cette question Becauvent ? - Vous allez sûrement m’apporter la réponse à une question qui me tarabuste depuis hier. Le vent qui souffle et a déclenché ces intempéries, comment s’appelle t’il ? Les compagnes du goéland marquèrent un silence. Cette question les interpelait. L’une des mouettes s’avança : - Aucune idée Becauvent ! Nous l’appelons le vent ou la tempête. Jamais nous ne sommes enquis de découvrir son nom. Le goéland leur parut dépité. - C’est si important que cela ? - Nonnn ... ! Ne vous tracassez pas pour si peu. Je découvrirai tôt ou tard comment se ce nomme ce fichu courant d’air. Ils continuèrent à voyager tout en discourant. Apercevant au loin l’océan et les rochers, le goéland se mit en quête de son point de repère. Alors qu’il laissait aller son regard, il ressentit une fatigue qui s’entêtait à l’envahir depuis un petit moment. Elle se fit plus oppressante et il vit la côte lui apparaître de façon trouble : - Oh là ! Il est temps que cette épopée prenne fin, je commence à faiblir. S’y reprenant une deuxième fois, il tenta de chercher son repère sur la mer mais ce fut en vain : Becauvent scruta afin d’apercevoir ce mat de pierre surmonté d’une torche voyageuse qu’avait érigé les humains. Il eut beau sonder l’horizon avec insistance, rien n’y faisait. Le goéland commença à pester : - Quel est le farceur qui a détruit ce mat durant mon absence ? Il râlait après un quelconque coupable lorsqu’il l’aperçut au loin. Il écarquilla les yeux et se posa une question : - Pourquoi est-ce que je vois deux mats ? Une autre question vient le turlupiner : - Mais ce n’est pas possible ! Comment se fait-il que l’on ait bâti deux grandes tours de pierre lumineuses en si peu de temps ? Alors qu’il se rapprochait de son but, il discerna au loin deux îles. Ses questions se firent plus précises : - Guano de volatile malade ! Pourquoi y-a-t-il deux cailloux sortis de l’eau ? A tous les coups, ces humains farfelus ont agi ainsi pour ériger le second mat et lui servir de support ! Ses questions s’entremêlaient. Il ressentit quelques difficultés à les remettre en ordre : - Mais pour quelle raison ce gigantesque caillou a t’il eu envie de pousser hors de l’eau ? C’est un comble tout de même ! Pourquoi donc avoir émergé durant mon absence ? A force de questions et de cogitations intenses, Becauvent pensa avoir trouvé la réponse et en tira une conclusion : - A mon avis, la construction s’est fortement développée pour les besoins des bipèdes que je comprends de moins en moins. Il continua d’avancer en compagnie des mouettes et constata que tout était en double : - Que s’est-il donc s’est passé ici ? Tout a changé dans ce paysage ! J’en suis convaincu parce que je le connais comme mon nid ! A aucun moment l’oiseau ne se douta qu’agissaient les premiers effets de l’alcool qu’il a ingurgité durant ses petites haltes à des tables désertées de bistrot. Bien que se rapprochant de la caverne, il éprouva de plus en plus de difficultés à défier le vent debout. Son vol n’était plus aussi sûr, nettement moins assuré. Becauvent commença à ressentir le contrecoup de la fatigue et trouva moins de forces pour affronter les vents. A la vue de ses battements d’ailes qui avaient changé, les mouettes s’inquiétèrent de l’état de leur camarade : - ça va Becauvent ? Tu n’as pas l’air de te sentir bien ! - Pas … Pas de prob… problème ! Vout tole ! Euh… Pardon ! Tout vole ! Les effets de l’alcool agissant, le goéland ne trouva pas la possibilité de se guider comme naguère ni de s’orienter aussi facilement que d’habitude. Dans la grotte, les occupants entendirent dans le vent des pleurs de plus en plus aigus : ils se ruèrent vers l’entrée de la caverne et aperçurent au loin Becauvent qui, chargé comme une mule, volait tant bien que mal avec ses sacs accrochés au bec. Onduline et Chloréale, extasiées, le distinguèrent et s’exclamèrent : - Il a réussi Brigantia ! Il a réussi ! Il est parvenu à nous ramener quelque chose à manger. - C’est vrai ! Cet oiseau a une qualité indéniable : c’est un goéland de parole. Ce qui me surprend le plus c’est son comportement. Regardez-le et observez bien. Le vol de Becauvent s’avérait de plus en plus hésitant et l’oiseau fendait l’air de moins en moins droit. Le harfang renchérit : - Je ne sais ce qu’il mijote mais il fait de moins en moins preuve de circonspection ! Là-haut, pour se donner du cœur au ventre, Becauvent s’était mis à chanter. Accompagné des mouettes qui lui servaient de chœur, il laissa échapper dans le vent : - It’s eu longue ouais tou Tipperary ! It’s eu longue ouais tou flaille ! Brigantia n’en revint pas et laissa échapper : - De plus en plus surprenant notre compère ! Ne voilà t‘il pas qu’il est polyglotte ! Il est d’autant plus étonnant qu’il chante en compagnie de mouettes avec lesquelles il paraît parfaitement s’amuser. Quand je pense qu’hier encore il les méprisait comme jamais. Chloréale, chère petite fleur, je crois que ta leçon de cette nuit a porté grandement ses fruits. - En effet Brigantia et même au-delà de ce que j’espérais. Je n’en reviens pas moi-même ! Tous l’observaient avec attention. L’oiseau, quant à lui, tout en progressant difficilement, avait changé de style de morceaux « musicaux » : Accompagné timidement par les mouettes, il en vint à se lancer dans des chansons osées. Ses pleurs aigus et stridents laissèrent échapper dans les airs un genre de chansons inhabituel : - « Beau goéland sur un bateau Avec le capitaine et ses matelots Secoué par une houle trop violente, Il repeignit le pont d’une fiente. Oh Oh oui vraiment Beau goéland est un marrant ». Hips ! Un hoquet, un soubresaut dans les airs et il continua son chemin. Il ne se lassait pas d’enchaîner avec d’autres chansons et y alla de plus belle : - «Les jolies mouettes de Camaret Ont les plumes de la queue qui pendent Et quand elles posent les pattes par terre Les plumes chatouillent leur derrière Elles en tremblent, Elles en tremblent » A l’écoute de ces chansons quelques peu crues, Brigantia réagit : - Et bien, notre ami possède un répertoire vraiment riche et varié ! Il y en a pour tous les gouts. Ses amis marins doivent souvent chanter en sa présence parce qu’il a parfaitement retenu leurs chansons. Chloréale ne comprenait pas : - Vous croyez Brigantia ? - J’en suis même certaine et vous annonce que ces chansons ne sont pas pour des oreilles chastes. Onduline et Chloréale, je vous conseille de vous boucher les oreilles ou de penser à autre chose. Le nymphéa fixa la déesse et se rebiffa par ces mots : - Peut être suis-je une jeune et jolie fleur sans trop d’expérience mais je ne suis ni naïve ni innocente, loin de là. Il m’arrive d’écouter ces humains venus s’installer près de mon étang avec un long bâton et un fil fin. Ils viennent pour attraper des poissons qui tombent rarement dans leurs pièges. - Où veux-tu en venir Chloréale ? Je ne vois pas le rapport avec les chansons lestes de notre ami. - Mais si, il y en a un. Ces humains qui se disent pêcheurs, quand ils mangent et se désaltèrent bien d’un breuvage sombre aux reflets rouges, se laissent parfois aller. Ils se mettent à entonner de sacrées chansons paillardes qui les font bien rire. Onduline prouva qu’elle n’était pas en reste avec son amie : - Il m’est arrivée de voir passer par chez moi des bancs de maquereaux qui chantaient en chœur ce genre de ritournelle. La déesse marqua son étonnement : - Tiens donc ! Mais je te crois sur parole Onduline. La sirène continua tout de même : - Parfois les Tritons, ces militaires d’élite de l’escorte divine, s’offrent des joyeuses virées. Quand ils partent à plusieurs en vadrouille, non loin de mon logis, ils ne gênent pas pour entonner des chansons de corps de garde. Je connais pratiquement tout leur répertoire et je finis par être blasée voyez-vous ! Seul le harfang ne réagissait pas. La déesse quelque peu surprise l’interrogea : - Et toi Avisophe, toi qui possède un langage si châtié, toi qui sais si bien te tenir en société et abhorre la vulgarité, tu ne sembles pas offusqué outre mesure par les propos quelques peu crus de ton ami ? - Pas du tout Brigantia. Au cours de mes voyages et multiples déplacements, j’ai eu l’occasion d’entendre ce type de gaudriole. Des vertes et des pas mûres, je vous assure et ce, dans de nombreuses langues. Pourtant, je dois admettre que cela m’a bien fait rire ! Pendant ce temps, Becauvent s’apprêtait à se séparer de ses compagnes de voyage. : - Et voilà, je suis presque arrivé à destination. Nous allons devoir nous séparer ici je suppose ? - En effet, nous allons non loin de là mais plus vers le sud. - D’accord, mais avant de nous quitter, sachez mes jolies femelles que ce fut vraiment un plaisir de vous connaître ! Grâce à vous ce fut un voyage d’agrément et j’ai passé d’excellents moments en votre compagnie ! - Merci Alphonse ! Il en fut de même pour nous. Tu es vraiment un joyeux compagnon ! - Vous de même mes belles ! Hips ! Un petit « becquetou » avant de se quitter ? Une des mouettes fut étonnée : - Un quoi ? Qu’est ce donc qu’un « becquetou » ? - Voyons mes jolies, c’est un petit échange affectueux de bec à bec. - Et bien dis donc Alphonse Becauvent, tu es sacrément empressé comme oiseau ! - Empressé moi ? Mais pas du tout ! - Oh que si ! Nous ne nous connaissons que depuis à peine une journée et tu veux déjà te laisser aller à des effusions. Mon cher Becauvent nous ne sommes pas celles que tu crois. - Ohh ! Voyons ! Loin de là une telle pensée chères amies. C’était juste pour vous dire au revoir. Une des autres mouettes répartit : - Oui oui ! On commence par accepter un "becquetou" inoffensif, nous tombons sous ton charme sans même nous en apercevoir et puis … - Mais quel danger craignez-vous donc ? - Ce genre d’échanges conduit à nous retrouver ailes dessus ailes dessous et ça se finit derrière des rochers à l’abri de tous regards sans qu’on ait eu le temps de réaliser ce qui nous arrive. - Alors là mes belles vous me prêtez des intentions que je n‘ai pas ! - Peut être mais nous ne sommes pas des mouettes faciles tu sais. Si nous avons l’occasion de faire plus ample connaissance qui sait ? Mais pour l’instant, gardons un peu nos distances et tenons nous en à un simple au-revoir. - Bon d’accord, je vous comprends. Vexé par cette réaction inattendue, le goéland s’écarta progressivement des mouettes. Alors qu’il se préparait à aller droit devant, le goéland envoya à la petite troupe un jovial et sonore au-revoir : - Ciao ! Revenez quand vous voulez mes belles ! Ciao ! Une des mouettes réagit aussitôt : - Tu es malade Becauvent ? - Non pas du tout. Pourquoi, cette question ? - Je pensais que tu avais attrapé froid dans les courants d’air froids ! - Ah non pas du tout ! Je vous rassure. D’où te vient cette idée saugrenue ? - Je t’ai entendu éternuer fortement c’est tout. - Eternué ? Je n’ai pas éternué du tout. Qu’est ce que tu me racontes là ? - Pourtant tu as laissé échapper un sonore tchao ! Le goéland éclata d’un grand rire rauque et bruyant. - Pourquoi ris-tu autant ? Ça n’a rien de comique ! - Mais non mes beautés. Je vous explique : quand ils se séparent, les humains s’envoient ce mot en guise de salut - Ah ? Et bien c’est trompeur ! Et comment disent-ils ? - Ciao ! Vous prononcez Tchao ! - Compris ! Le groupe de mouettes s’écarta alors de Becauvent. Elles tournèrent la tête vers lui et lancèrent à l’unisson : - Bonne fin de vol ! Ciao Alphonse ! Durant ce temps, ces amis avaient quitté la caverne. Ils s’avancèrent au dehors de la grotte malgré le froid et aperçurent leur ami qui se rapprochait. Ils l’observèrent attentivement et, dès qu’il se rapprocha d’eux, ils constatèrent un comportement inaccoutumé chez l’oiseau : D’habitude, face à des difficultés dans le vent, ses battements d’ailes étaient plus réguliers. Encore la veille au matin, au milieu de la tempête, son vol était plus certain. Tous le regardèrent et admirent qu’il ne volait pas droit. Sous leurs yeux inquiets, il partit un coup à droite puis redressa son cap et, après quelques battements d’ailes sans rythme précis, dériva sur sa gauche. Bricta remarqua un vol plutôt indécis et des battements d’ailes peu affirmés. Elle en fit part aux autres occupants de l’antre : - Qu’est donc devenu le vol gracieux et souple de notre ami ? Notre Becauvent est moins ingambe qu’à l’ordinaire. Je l’ai connu plus alerte dans les éléments en furie. Qu’à t-il fait de cette façon aisée de voler ? Tous s’interrogèrent et se demandèrent s’il n’avait pas été blessé en cours de vol ! Chloréale pensa avoir la réponse : - Je suppose que tous ces zigzags et ses légères chutes dans le vide ne sont que les conséquences fâcheuses d’une fatigue qui a épuisé notre ami. J’espère seulement qu’il n’a pas été blessé. Tous abondèrent dans le sens du nymphéa à l’exception de Brigantia qui les conforta tout de même dans cette idée. Cependant, elle ne se laissa point abuser par la supposition de Chloréale : Devant un tel spectacle, pas dupe, la déesse se faisait une petite idée des raccourcis empruntés par Becauvent durant son vol. Avisophe qui l’observait depuis un petit moment tenta de détendre l’atmosphère : - Je ne sais pas s’il s’est lancé dans une parade avec les mouettes mais il est évident qu’il éprouve des difficultés à se souvenir des figures imposées ! Ses amis laissèrent échapper un petit rire qui dissimulait mal leur inquiétude. Devant eux, dans les airs, Becauvent devenait de plus en plus euphorique : - J’espère qu’Avisophe n’a pas commencé à raconter ses aventures durant mon absence. S’il ne pas m’a pas attendu, je le prends entre deux ailes et je lui fais une tête de mulot ! Exténué et y voyant de moins en moins clair, le goéland se redonna du courage et chanta à qui mieux mieux : - «le goéland de Camaret est un sacré charmeur, Le goéland de Camaret a les yeux baladeurs Quand il aperçoit un p’tit croupion Il fond devant l’apparition Il tombe en adoration, Il frétille S’émoustille». La déesse éclata d’un rire sonore suivie en cela par les trois autres habitants de la caverne. Elle pensa à haute voix : - Par tous les dieux, à l’entendre, cette voix tient du supplice. Un calvaire que ne supporterait pas un mélomane. Je dois reconnaître toutefois que ce goéland possède vraiment le don de nous amuser et de nous surprendre. Emporté dans son élan, Becauvent poussa plus haut la note : - «Père Goéland près de son nid Non loin d'sa femelle et d’ses petits, Bien tapi dans de verts feuillages Il séduisit un beau plumage. Ah ah oui vraiment, Beau goéland est fort charmant.». Alors qu’il s’égosillait, il devina tant bien que mal l‘entrée de la grotte devant lui. Il descendit maladroitement vers celle ci, battant des ailes de façon de lus en plus irrégulière sans se tenir droit dans l’axe. La déesse prévint ses amis : - Oh là ! Attendez-vous à une arrivée en catastrophe ! Vous allez être les témoins d’une arrivée spectaculaire et mouvementée. Ils se tinrent debout malgré la force du vent et suivirent l’arrivée du goéland dans la lumière vespérale. De fait, ce fut une arrivée on ne peut plus surprenante. Face à l’entrée de la caverne, l’oiseau poussa un soupir de soulagement entrecoupé de hoquets : - Enfin ! Maintenant, il s’agit de réussir un atterrissage en beauté. Avec ma cargaison ça ne va pas être une tâche facile ! Laborieusement, Becauvent essaya de garder un vol droit. Il visa le rocher plat qui s’étendait devant l’antre qu’il avait enfin repéré. Il se fixa dans l’axe de la pierre et atterrit de façon plutôt chaotique, rebondissant tant bien que mal à plusieurs reprises sur le rocher avant de s’arrêter net en tombant en avant, le jabot le premier par terre ! Il se releva en pestant et engueula le rocher en lui lançant des coups de palmes : - Qu’est ce que tu fais ici toi ? Tu ne peux pas t’étendre ailleurs que sur mon chemin ! Hips ! Ici c’est mon aire d’atterrissage ! Allez file ! A SUIVRE ... April 17 Eux, échappent à l'alcootest ! Quelle chance ?
Mais que fait la police ? Va t'on laisser encore longtemps ces animaux mettre leur vie en danger ? Il faut interdire d'urgence les arbres à fruits afin d'éviter une propagation de ce fléau ! Vous comprendrez le pourquoi de cette vidéo bientôt ! Trigwen
April 15 Je les ai choisis mais ...JE LES AI CHOISIS MAIS ... JE LEUR DOIS BIEN CELA !
Après tant de mois, tant d'années, il était temps que je fasse un peu plus connaitre celles et ceux qui viennent régulièrement sur ce blog ! Monsieur Mécène Laïve étant avare de ses mots, il me fut difficile de dire ce que je pensais de chaque site que j'aime ! Désormais je répare cet oubli !
Commençons par mes chers et bien aimés compatriotes !
http://nenupharbreizh.spaces.live.com Au cœur d’un patchwork Voilà une bretonne qui possède de l'humour, un brin de folie douce et encore quand elle se retient. Une fiolie douce qui me laisse soupçonner qu'elle fume de l'artichaud compilé en cachette...Elle a en elle la joie de vivre, un océan de gaieté et de gentillesse et un art de raconter des histoires à sa façon. Ce Nénuphar breton possède cet art de nous entrainer dans ses délires et de vous faire participer ! Chez elle, des images et des photos qui valent le coup d'être regardées ! Madame Nénuphar sait vraiment vous retenir sur son espace dont on repart rêveur après avoir ri ou s'être enrichi ! Vous voulez lui faire plaisir et la faire fondre ? Offrez lui une image de nénuphar, de papillon, de buffle ailé, d'océan, de coquelicots mais surtout pas une tenue de D.D.D. ! Elle serait tentée de préparer de nouveau un braquage avec ses consoeurs. http://shawigasa.spaces.live.com/ Gaël Paul Andrews Chez ce Breton, la poésie est une seconde nature ! Il joue et jongle avec les mots, s’amuse avec eux et met au jour des petits textes subtils et fins avec beaucoup de sensibilité. Il sent une histoire, voit un paysage ; les mots, alors, dansent dans ses pensées, s'entremèlent, trouvent un rythme et se mettent en musique jusqu'à ce qu'il les couche en douceur sur sa feuille vierge et impatiente ! Voilà un homme qui aime la poésie et la musique. Il nous le prouve et s'empresse de nous la faire partager. http://harfang1957.spaces.live.com/ Harfang des neiges Un espace plein de poésie, de couleurs, de sensibilité et d'humour. Sous le pelage de ce bel oiseau blanc, se cache une femme proche du beau qui aime le Nord. Elle nous fait découvrir sa région comme jamais on ne l'a vue au travers de ses photos ou de ses récits. Un ciel nuageux dans le couchant, dans l'oeil de son appareil photo, prend des allures de tableau de maitre, un objet commun capturé par l'objectif de cette femme sensible devient un objet d'art. Quand elle saisit la Lys et ses rives, on a l'impression de suivre ce cours d'eau et de l'accompagner dans sa balade. Lorsqu'elle ne photographie pas avec passion et talent, elle écrit ! Et chaque poème, chaque texte vaut la peine qu'on s'arrête pour partir avec elle. Mais ne croyez pas que ce bel oiseau blanc qui fut jadis un isatis ne s'intéresse qu'à l'art : un billet d'humour pondu par elle est un moment de détente car c'est une joyeuse pince sans rire ! Un blog anti stress sous tous les points ! La Lys. Photo prise par Jo Rey http://bricedenis11.spaces.live.com/ MES PHOTOGRAPHIES Concert, nature, soleil ... Et aussi ma musique, mes passions
Brice, le nantais est un grand amoureux de la nature et des espaces. Cet ami de la lumière n’a pas son pareil pour la capter quand elle enveloppe notre terre ! Le soleil, ses couchers et ses levers n’ont guère de secrets pour lui. Un évènement, une image insolite, un tableau réalisé par Dame Nature, notre photographe voit aussitôt qu'il y a une image à en tirer et il capture l'instant de beauté, d'émotion, l'évènement ! Les artistes sur scène revivent dans son objectif et se mirent dans son œil explorateur et observateur ! Vous ne me croyez pas ? alors ...Chuttt ! Allez chez lui et admirez !
Photo prise par Brice http://belisama1.spaces.live.com/ Mon lieu de rendez-vous avec vous... Voilà un espace qui invite au voyage dans la nature, à la beauté et à la réflexion, en mer et sur terre. Cette bretonne amoureus de cette terre si riche est une marcheuse invétérée toujours en quête des trésors cachés de la Bretagne. Sitôt tombée en admiration, elle les photographie avec talent et les décrit avec son coeur. Peintre de talent même si elle s'en défend, elle vous brosse des petites toiles qui valent le détourt. Vous embarquez sur le vaisseau d'Ar Men et vous n'avez plus envie de le quitter. Vous décidez alors de faire une longue traversée à son bord ! Quittons cette chère Bretagne pour rejoinde le pays de leurs cousins, la Vendée ! Et dans cette région accueillante
http://azerti6.spaces.live.com La vie du bon côté bienvenue chez Marine
Une grande amoureuse de la vie qui s’est fixée un but : savoir. Toujours et plus. Un sacré défi mais qu'elle relève chaque jour. Vous partez chez Marine et vous tombez sous le charme de cette amoureuse de la mer, de la nature, de la poésie et de la musique. Chez cetet vendéenne, se détend qui veut : humour, photos, petit reportage bien documenté et fort bien troussés, des billets d’humeur, des billets gags, des photos et des tableaux qu'elle a peints. Car cette amie de la nature possède un don : elle peint fort joliment ! Vous parcourez son espace, vous y attardez puis vous voilà contraint de le quitter ... Qu'importe ! On revient toujours chez elle !
Tableau de Marine Désormais, quittons l'ouest et descendons plus près du soleil, là où soufflent la tramontane, le mistral ou le vent d'autan http://fllibust.spaces.live.com/ La Fllibust' ou la malouine FlibustièreElle aime écrire et n’hésite pas à se lever en plein milieu de la nuit pour coucher sur le papier les mots qui trottent dans sa tête. Pour Janick, ecrire est un besoin qu'elle exprime avec une aisance qui désarçonne ! Le moindre petit bout de vie ou de de journée peut être sujet à poème ou contine. Tout cela narré d’une façon fort gaie et parfois humoristique. De temps à autre point une note de mélancolie ou de nostalgie mais les textes les embellissent ! Au travers des textes et des images qui les illustrent, on devine cette sérénité qui règne tout autour de chez elle ! Cela sent la campagne, la nature, la fraicheur, le calme et la quiétude ! Une façon fort originale éloigné des clichés de parler de sa Dordogne !
Printemps en Dordogne (Photo de Flibustt') http://mavoie.spaces.live.com Ce clair obscur qui est en moi un clair obscur qui illumine dès qu'on pénètre sur son espace mais un clair obscur tout en nuances ! Chez Marie, tout est bon, il n’y a rien à jeter ! Vous voilà sûrs de quitter son espace moins idiot et enrichi d’un plus : poésie, nature, écologie, faits de société, philosophie, humour et beaucoup d’échanges ! Vous fouinez, vous puisez et l'humaniste que vous êtes écrit en toute liberté ce qu'il pense... tout en restant courtois ça va de soi ! Vous quittez alors cet espace avec l'impression de vous être arrêté dans un de ces cafés de Saint Germain des Prés à la grande époque ! http://dianeliberte31.spaces.live.com/ Diane. Bienvenue Liberté Passionnée de Poésie, d'Ecriture, de la Vie et de Voyages ... de tous les voyages... ! Diane vous emmène sur son espace pour vous détendre, apprendre, se cultiver sans s'ennuyer, rire, faire preuve d'humour, découvrir des petites astuces et échanger en toute liberté. Cette Diane là sait se servir de son humour pour s'attaquer à la bétise de certains dirigeants : ses petits et grands billets s'attaquent à tout ce qui touche à la dignité et à la Liberté. Dans ce cas, gare à ceux qui abusent car elle se set d'une arme qui peut abattre : un humour décapant et corrosif ! Diane, citoyenne du monde, n’a pas son pareil pour accrocher votre imagination et pour vous inciter à vous poser ds questions sur des faits a priori anodins mais qui peuvent nous bousculer. http://maxrodan.spaces.live.com L’univers de Dany Il y avait jadis le petit ramoneur savoyard, plus tard vint l'Observatoire du Pic du Midi et voici peu de temps, l'ourse Canelle qui vagabonda dans les Pyrénées avant de trouver une fijn inattendue. Mais il existe aussi dans ces montagnes un univers : celui de Dany ! Cette femme aime ses Pyrénées et se sent en parfaite osmose avec la terre et la nature de son Ariège bien aimé. Quand elle ne s'aventure pas loin des pics, elle cultive avec art car c'est une passionnée des roses et de son jardin ! Cette dame des hauteurs enneigées peut être attirée par les voyages et l’océan mais c'est une amoureuse de la nature qu’elle arpente avec plaisir, sait attraper car elle est une peintre talentueuse, auteur de jolies aquarelles. Vous voulez découvrir ce coin de notre pays avant de partir en vacances ? Allez sur son espace car Dany nous offre de superbes balades dans sa région par l’intermédiaire de ses textes et de ses photos ! Aquarelle de Dany http://zen-and-smile.spaces.live.com Zen and Smile Elle est Zen et gaie ! Une vraie provençale ! Belle, intelligente, drôle, gentille et surtout modeste ! C’est elle qui le dit pourquoi ne pas la croire ? Sandrine aime rire mais aussi se détendre et échanger des fous-rires et trucs et astuces. Elle possède une devise qui la résume : Oser Vivre pleinement ici et maintenant... sans regarder le passé, sans attendre le futur... Dans la plus grande folie comme dans la plus grande sagesse... Aller à la rencontre de son destin sans regret ni remords tout en en acceptant le prix… On va chez elle, on se détend vraiment ! Un passage par chez Sandrine et c’est une descente au pays de Pagnol que vous vous offrez à peu de frais ! Pétulante, amusante, pleine d’humour, son tempérament parfois délirant semble communicatif surtout quand elle se lance à créer une bande de DDD pour un braquage ! Un espace contre la morosité ambiante Devant la mer, derrière les palmiers (Photo de Sandrine) Quittons les contrées du soleil pour remonter vers des régions qui furent au cours de l'Histoire traversées par tant de hordes barbares et d'envahisseurs ! http://nicol55unitedstates.spaces.live.com Cassiopée En passant par sa Lorraine avec nos sabots aurions nous chanté voici quelques siècles mais aujourd'hui, la Lorraine a bien changé et le T.G.V. nous y emmène dare-dare. Vous arrivez au pays d'une bloggeuse au nom d'une reine mythique et légendaire devenue constellation. C'est mérité ! Chez cette adorable lorraine cool et romantique , vous entrez dans un un blog où tout est espace de beauté ! Elle aime la vie et tout ce qu'elle peut lui apporter de bon : les sorties, les voyages, les balades dans une nature qu’elle aime, les chevaux, les fleurs et la musique ! Non contente de s'adonner à parcourir cette nature, elle se révèle être une créatrice de talent dont les œuvres originales et les poèmes ne laissent pas indifférent ! Quant à l’album photo, il est à découvrir pour le plaisir des yeux et pour la distraction ! Couleurs automnales en Lorraine de Cassiopée.
http://anniedelierroultambre2.spaces.live.com/ Les fonds d’Ambre
On contourne Lutèce et nous voilà en pays de lait, de fomages et de crème ! Mais dans cette région si verte se trouve une femme sensible qui sait l'exprimer par ses créations. Chez cette normande, il faut prendre son temps pour découvrir les créations et fonds de billets qu’elle concocte pour ses amis blogueurs !
Des fonds de billets pour tous les goûts et pour toutes les occasions : Noël, Pâques, 1er Mai et j'en oublie !
Mais elle pullule d'idées dans ces cas. Annie, une femme d’une sensibilité qui nous réconcilie d'avec les coeurs secs que nous rencontrons parfois et une jolie blonde d'une gentillesse reconnue de tous qui vaut qu’on passe par chez elle Création originale d'Annie
http://jedeuxmots.blogspot.com/ Jeux de mots... Le blog de Marie
L'espace d'une poète et d'une narratrice de talent ! Voilà une actrice, une conteuse, une montreuse de marionnettes qui se trouve être une jongleuse de mots, funambule heureuse sur les phrases. Elle nous offre un espace de poèmes et de contines remplis de vie, d'espoir et de chaleur. Prévert ne l'aurait pas reniée ... On ressort de son espace étonné, rayonnant de lumière et prêt à croquer la vie à pleines dents. Un blog rempli de tendresse et d'humanisme où le lecteur revit, heureux !
Et maintenant pénétrons dans notre capitale, cette ville lumière qui attire tant de touristes tels des phalènes qui aperçoivent une lueur !
http://suzanne-77.spaces.live.com/ Bienvenue chez Suzanne
Fan de musique des années 50's, des sixties ou des seventies ? N'hésitez pas ! C'est l'occasion de passer un excellent moment chez cette amoureuse de musique et en particulier de rock’n’roll !
Peintre (de talent) à ses heures, femme d’humour, cette adoratrice des déesses Fender Stratocaster et Telecaster nous fait partager sa passion pour la guitare, le métal, le rock, le hard rock, le blues, la science fiction, les films fantastiques, la photo, les animaux, la protection de l'environnement et protection de l'enfance. Un site fort riche et très varié.
Un espace qui vaut qu'on visite chaque accord et chaque riff pour se laisser porter vers ses coups de pinceaux !
Vous hésitez ? Vous n'êtes ni Jimi Hendrix, ni Keith Richards, ou Robert Plant ni Jimmy Page, vous savez que vous n'êtes pas Mick Jagger ou Angus Young ? Peu importe, Suzanne, Suzie Q (restons rock'n'roll !) vous ouvrira tout de même la porte de son espace ! Une fois entrés, ne négligez ni le blog ni l'album photo : ils valent le détour !
Oeuvre de Suzanne en cours ...
http://minou-chette.spaces.live.com/ Rêve ta vie et vis tes rêves
Un espace chargé de douceur, de gentillesse et de tendresse ! Minouche est sensible et attachante, nature qui lui vaut bon nombre de visiteurs fidèles ! Très joliment illustrés, ses textes ne laissent jamais de marbre. Cette amoureuse de la lecture et de la nature laisse transparaître ses passions sur un blog que beaucoup apprécient ce qui les pousse à revenir pour déposer un mot.
http://paloma3922.spaces.live.com/ Espace perso de Liliane Calypso
Cette charmante personne venue d’un autre continent, bien que récente bloggeuse, nous offre un espace d’une richesse indéniable !
Grâce à cette nostalgique des pays lointains qu’elle a connus, vous voyagez aux quatre coins de la terre en vous émerveillant d’endroits qui vous étaient inconnus. Vous partez au travers de ses textes, de ses illustrations ou de ses albums photos !
Ses textes sont des appels à la réflexion, à la tolérance et à la sagesse mais ils apparaissent aussi comme une source de connaissances nouvelles et une façon de se cultiver s’en s’ennuyer !
Cependant, Liliane est aussi une femme qui sait surprendre au moment où on ne s'y attend pas : après deux ou trois billets appelant à cogiter ou à vous instruire un peu, vous tomberez sur des histoires drôles et parfois coquines toutes agrémentés de dessins qui ne laissent pas indifférents les zygomatiques !
Vous désirez voyager ? Vous évader ? Vous détendre ? Pas besoin de T.G.V., de croisière en paquebot ou d'Air France : Allez dons chez Liliane Calypso, c'est la meilleure solution ! Le train des Andes (Huancayo) (Photo de Liliane)
http://chrisfrance1958.spaces.live.com/ Christine Roz ar Mor.
Cette bretonne costarmoricaine a choisi Lutèce comme ville d'adoption. Sur son espace, elle raconte ses péripéties avec un certain humour ! Joies, colères, déceptions, coups de gueule, elle se sert de sa liberté d’expression.
Cette femme qui aurait voulu être artiste est fan d’art, de poésie et de musique. Grande marcheuse, elle visite chaque recoin de Paris et les capture dans son objectif.
Vous voulez faire un Paris by night original sans être embêtés par des petits japonais qui photographie tout ce qui est parisien ? Allez voir son album photo : elle vous emmène dans sa promenade et vous entraîne dans des petits coins de la capitale la nuit. Puis, vous visitez le musée Rodin, Vincennes pour finir par l’accompagner sur les côtes bretonnes découvrir Ploumanac’h, Trébeurden et bien d’autres coins !
http://cathydeparis.spaces.live.com/ " Le Petit Monde de C@thy et les Autres "
Lorsqu’on pénètre sur l’espace de Cathy de Paris, la p’tite grenouille, on devine qu’on ne sera pas déçu. Quand elle n’est pas en répétition ou à son travail, cette passionnée de théâtre, elle-même actrice de théâtre amateur, nous offre un kaléidoscope de ce qu’elle aime ou ce qui l’enrage : la météo, la défense de l’environnement, politique, le carnaval de Rio, la visite de la Comédie Française, le froid, l’absence des grenouilles au Salon de l’Agriculture.... Tout est richement illustré avec beaucoup d’humour ! Son album photo aussi riche que varié vaut un détour qu’on ne regrette pas !
Image de Cathy ou autoportrait ?
A bientôt pour la suite des mystères éoliens ! Bisous doux à vous mesdames, chaleureuse accolade à vous messieurs !
Yann Brugenn alias Trigwen April 08 Dernière angoisse
Dernière angoisse.
La grille, lourde, se ferme et grince,
Voici venue l’heure pour moi d’aller,
Je me dois d’avancer tel un prince,
La tête haute et fière sans me dévoiler.
Le couloir défile, long ruban sombre,
Dehors, nul ne me laisse jeter un regard,
Bientôt, je ne serai plus qu’une ombre
Comme cette nuit que je sais noire.
Le matin approche, pour moi c’est le soir,
Quelqu’un, bien serré, m’accompagne ;
Que pense - t’il ? Sa peur, je peux la voir,
Son pesant silence inquiet témoigne.
Mes pensées vers ma mère s’égarent ;
J’incarne les proscrits, les délaissés,
Ceux qu’on abandonne quelque part,
Ceux à qui on ose parfois ôter la vie.
Mais, peu à peu, m’habille une peur,
Est-ce cette immensité qui me tient ?
J’entends résonner sourdement mon coeur,
Comprend-il que se rapproche la fin ?
Dans la cour, s’esquisse une masse sombre,
Dans la nuit mourante, une ombre sanguine.
Mon regard ne peut distinguer cette ombre
Mais sur le fond de nuit, je la devine.
Je scrute, déshabille la forme funeste,
Meuble arrogant sans regrets ni remords
Qui, bien érigé, sans scrupule me teste
Dans l’attente que dans un cri, j’implore.
Il m’attend qui marche à sa rencontre ;
Pourquoi tenter de le défier dans l’obscurité ?
J’appelle mon courage pour que j’en remontre,
Ne pas libérer cette angoisse que j’ai, cachée.
Sur mes lèvres crispées glisse ma sueur salée,
Mon visage se tend, se teint de cendre ;
Indicibles, je sens mes muscles se nouer
Et mon reste de courage lentement descendre.
La nuit se déshabille alors que l’aube naît
Et moi, je me prépare à bientôt disparaître,
A rejoindre tous ceux que j’ai aimés,
A paraître devant mon seul et unique Maître.
Dans un instant, je me fondrai dans l’aurore,
Ne serai qu’un morceau de la nuit qui part,
Embarqué pour un éternel, un étrange port
Où l’on accroche à jamais les amarres.
Cette lame qui glissera en un bref instant
M’empêche toutefois de vraiment croire
Que dans l’air froid du jour naissant
Il me reste un minuscule grain d’espoir.
Tandis que le jour monte, moi, je tombe
Et me sens déjà devenir une tache
Alors que j’ai l’espoir au creux de la tombe,
Cette tache dans le ciel qui à moi s’attache.
Auréolé d’un large voile d’innocence,
Vers les cieux je m’évade, je prie et pense.
Je me prépare à disparaître,
Je me sens prêt à comparaître
Devant mon unique Juge et Maître.
Mais un jour, un homme sage, au verbe méritoire
Affrontera un vaste parterre de pensées hostiles,
Et d’une longue plaidoirie aux paroles incantatoires
Sapera les aprioris imbéciles les plus indociles.
Effets de manches et mots passionnés enflammés
D’un jet, feront chuter la funeste veuve à bascule,
Elle tombera lourdement dans l’oubli, abandonnée,
Et à jamais rouillera, sinistre meurtrière incrédule.
© Yann Brugenn 20-21 février 1986 - 7 avril 2009
March 26 Mystères éoliens. Chapitre 30 : oiseau courage en voyage
MYSTERES EOLIENS
D’UN AIR VAILLANT VOLE L’IMPASSIBLE
L’oiseau repéra une place sur les murailles puis descendit lentement vers elles. Il étala ses longues ailes et se laissa planer jusqu’au bord d’un des remparts. Une fois atterri, il sauta d’un créneau. Il se balada sur les remparts mais à l’abri du vent et devant un océan moins démonté. C'était presque une mer bonasse, une mer moins agitée que celle qui était devant chez eux. Moins de nuages, quelques taches de ciel bleu et un soleil qui parvenait à percer ! Puis il se dirigea vers le coin herbageux où se dressait la statue annoncée par les mouettes. Il marcha dans l’herbe et se reput de morceaux de pain. De la nourriture lancée par des petits bipèdes qui voulaient jouer avec lui. Après s’être un peu rempli le gésier de ces bouts de pain jetés par des enfants, l’oiseau comprit qu’il lui était impératif de reprendre des forces et retrouver du tonus pour pouvoir ramener de la nourriture à ses amis. Il s’apprêtait à s’envoler lorsque des mots retinrent son attention. Des mots prononcés par des humains qui conversaient, assis sur un banc. Becauvent se rapprocha d’eux : Ils parlaient de voyages, d’expéditions et de découvertes. A plusieurs reprises, ils en vinrent à parler de vents et le goéland tendit encore plus l‘oreille. L’un d’eux prononçait des mots étranges tels khamsin ou chergui, des mots qui ne signifiaient rien pour l’oiseau mais qui lui paraissaient être des noms de vents. L’autre humain s’emballait en parlant d’un sirocco et d’un harmattan. Becauvent tenta de mieux saisir les paroles que les deux humains échangeaient mais le bruit environnant l’empêcha de saisir les détails. - Zut ! C’est bien ma veine ! J’allais en apprendre plus et trouver peut être la clé de notre mystère. Le sort s’acharne sur nous. A moins que … Le goéland marqua un temps d’arrêt et monologua : - Et si le dieu Eole tenait à garder ce secret pour lui. Il se reprit en se raisonnant : - Non ! Il n’oserait pas nous faire cela tout de même. Déçu de rester bredouille, Becauvent s’éloigna du banc sur lequel étaient assises les deux personnes. Il s’arrêta de marcher et réfléchit quelques moments avant d’entamer ses recherches pour des vivres : - Si je veux parvenir à bon port avec mon chargement, il me faut retrouver toute mon énergie et me nourrir un peu mieux. Moi d’abord les autres après sinon je vole à l’échec ! En quelques coups d’ailes nerveux, il quitta le petit carré d’herbe et alla se percher sur la statue pour observer de haut en détail la ville et choisir l’endroit le plus propice à un festin. Ne voyant pas assez à son goût, il décolla pour effectuer un vol de reconnaissance au-dessus de la cité. Sous ses ailes s’étalait une cité cernée par des remparts sur lesquels une foule d’humains avançait tranquillement. Entre ces murailles, les gros mats de pierre massifs aperçus en arrivant se dressaient vers le ciel et regardaient vers l’horizon. Il virevolta au-dessus de la ville et constata que les rues étaient étrangement étroites ; étroites mais peuplées d’une foule de personnes en perpétuel mouvement. L’oiseau descendit de quelques mètres et remarqua des gens attablés aux terrasses. Assis devant l’une d’entre elle, il vit une jeune femme brune aux cheveux courts, élégante et souriante qui semblait se délecter devant un petit récipient rempli d’un liquide sombre. A côté du récipient, s’étalait une feuille de papier qu’elle retenait d’un doigt. De temps à autre, elle griffonnait dessus des signes inconnus. Il observa la jeune femme et remarqua sur la table un objet gris et noir du centre duquel une sorte de cercle de verre semblait sortir. Il réfléchit avant de s’approcher de la table : - On dirait qu’elle possède la même boite magique que Bricta. Cette boite qui nous regarde de son œil étrange et nous capture sur un bout de papier. Je n’ai nullement envie de me retrouver captif de cette boite. Trop étroit à mon goût ! Il s’apprêtait à se diriger vers une autre table mais se raisonna : - Après tout, si c’était si dangereux Bricta n’en posséderait pas. Elle ne nous aurait pas proposé de nous démontrer son tour de magie avec. D’ailleurs, j’attends toujours qu’elle nous montre l’effet que cela fait. Alors pourquoi avoir peur ? Il regarda à nouveau la jeune femme et l’observa un court instant. Quelque chose l’incita à aller vers elle : - Cette humaine là semble inoffensive, je vais tenter ma chance auprès d‘elle. En quelques coups d’ailes, il fut à sa terrasse et se posa sur un coin de sa table. Elle cessa de manger et le dévisagea, surprise de cette arrivée impromptue : - Tiens un goéland ! Qu’est ce que tu viens faire ici toi ? - Aaahh ! Enfin, Une humaine qui ne me confond pas avec un autre oiseau ! Je savais que je pouvais me fier à elle. Sans aucune crainte, il s’approcha de la jeune femme : - Si ce n’est pas trop vous demander, j’aimerais avoir quelques restes de votre repas. Ce serait fort aimable à vous. - Elle le fixa et lui fit cette remarque : - Mais tu as la patte abimée ! Que t’est-il donc arrivé ? - Oh ! Rien de bien méchant ! Juste des gros grêlons, un cadeau des dieux qui faisaient un caprice. - Toi tu t’es battu ou tu as été blessé par un homme. - Mais non ! Zut alors ! Elle ne comprend pas ce que je lui raconte. C’est mal parti entre toi et moi et surtout, mal engagé pour mes emplettes. Je sens que nous allons être confrontés tous les deux à un sacré problème. Nous allons devoir faire face toi et moi au barrage du langage chère humaine. - En tous cas, tu es un fort bel oiseau et pas farouche. Tu me plais toi ! Le goéland se reprit à espérer : -Tout n’est pas perdu. Avec un peu de patience et de persévérance, nous allons peut être y arriver. La jeune femme le regarda, attendrie : - Toi je te soupçonne de vouloir emporter à manger ! Le goéland se retint pour ne pas sauter de joie sur la table : - Incroyable ! Elle a lu dans mes pensées ! Ce n’est pas possible je suis tombé sur une perle rare ! - Tiens prends ce bout de pain et mange ! Elle lui tendit un morceau de pain qu’il avala sans se faire prier. Une fois englouti le bout de pain, il s’exclama : - Mais … mais ! On dirait que tu comprends le goéland toi. Ooooh ! Toi tu m’intéresses. Je ne te lâche plus et reste à tes côtés ! Il continua à bavarder avec elle et fit un surprenant constat : Elle mangeait des gâteaux et buvait son breuvage sombre qu’elle semblait aimer. Patiemment, Becauvent attendit. La jeune femme lui tendit un autre morceau de pain entre ses doigts : - Tu en veux encore ? Tu sembles avoir bien faim. Le goéland se jeta comme un goinfre sur le morceau et l’avala avec gloutonnerie. Elle lui proposa d’autres morceaux. Soudain, il sauta de la table et prit son envol. Par terre, au loin, il avait distingué un sac en plastique qui trainait. Il piqua vers le sol et le saisit dans son bec pour revenir vers la terrasse où se trouvait la jeune femme brune. - Pourvu qu’elle ne soit pas partie entretemps ! A son grand soulagement, il la vit, tranquillement assise à sa table - Te revoilà toi ? Et avec un sac en plus ? Voudrais-tu me faire comprendre que tu cherches à entasser des réserves ? Il ne bougea pas. - C’est ça, tu es venu à moi pour faire ton marché ! Je vais te le remplir un peu ton sac, rassure-toi. Le goéland resta abasourdi : - C’est ça ! Elle comprend parfaitement le goéland et pour ne rien gâter, elle est fort sympathique. Calmement, sous l’œil perplexe du goéland, la jeune femme plaça dans le sac des morceaux de pain et des bouts de croissants abandonnés sur les autres tables, croissants auxquels il a goûté auparavant et dont il s’est régalé et repu tant ils étaient délicieux. Elle lui tendit un autre morceau de ces gâteaux qu’il observa perplexe : - Qu’est ce que c’est que ça ? Ce morceau de pain avec un semblant de nourriture noire bizarre au centre est douteux. Ça ne me dit rien qui vaille. Méfiant, Becauvent hésita à s’en emparer. Sous le regard attentif de l’oiseau, la jeune femme mordit à pleines dents dans la viennoiserie. - Mais c’est qu’elle semble trouver ça délicieux ! Bon, je lui fais confiance. Après tout, jusqu’ici elle ne m’a pas empoisonné. Elle lui tendit à nouveau le morceau qu’il happa et engloutit d’une traite : - Et bien, c’est sacrément exquis. J’avais bien tort d’être suspicieux tiens ! La jeune femme laissa dans le sac du goéland quelques morceaux de ce gâteau récupérés sur les tables avoisinantes. Abasourdi, Becauvent n’en revenait pas : - Les mouettes ne m’ont pas menti. Je suis en train de récupérer un trésor. J’en connais qui vont être enchantés de me voir débarquer ce soir. Dès qu’elle eut déposé tout ce qu’elle avait trouvé dans le sac, la jeune femme lui expliqua : - C’est ici qu’on se quitte mon beau. Je suis venue ici chercher des sources d’inspiration pour les histoires que j’écris et raconte. J’ai beaucoup de marche à faire sur la grève et tant de beautés à découvrir qu’il ne faut pas que je m’attarde. Au revoir goéland ! J’espère que ta patte va guérir rapidement. Le goéland laissa échapper un pleur strident qui fit sourire la femme tandis qu’elle s’éloignait dans un escalier de pierre. Encore tout étonné par la gentillesse de cette humaine, le goéland se sentit ragaillardi : - Cette jolie bipède est fort charmante. Grâce à elle nous allons festoyer à mon retour dans la grotte. Ce repas et cette rencontre chaleureuse l’avaient ragaillardi. Ils lui avaient redonné du courage et des forces pour repartir avec un peu de nourriture sous un beau soleil vraiment printanier. Il regarda vers les cieux : - Bon ! Si je veux rentrer avant la nuit, il est impératif que je me mette en route. Le retour ne sera pas si aisé que l’aller, j’en suis conscient. Il vola jusqu’aux remparts sur lesquels il se posa, jeta un dernier coup d’œil sur la ville et se lança dans les airs. Sitôt pris son essor, Becauvent s’éloigna un peu de la cité enfermée entre ses hauts murs et prit de la hauteur. C’est alors qu’il assista à un spectacle qui l’effara : à quelques battements d’ailes de la cité, il discerna des routes qui partaient dans tous les sens. Devant un tel paysage, il ne put s’empêcher de commenter : - Ces humains sont déconcertants. Ne voilà t’il pas qu’ils ont réussi à créer une monumentale araignée monumentale ! Plus il l’observait et plus il lui semblait qu’elle se mouvait très lentement ; il avait sous ses ailes une araignée aux multiples et longues pattes surprenantes qui s’étiraient à n’en plus finir. - Mais ce n’est plus une araignée, c’est un monstre ! Où donc vont-ils chercher de telles idées ? Otage de son envie de savoir, l’oiseau descendit de quelques mètres : - Il faut que j’en aie le cœur net et que je me rende compte de ce qui s’y passe. Il descendit encore vers la terre afin de s’offrir une dernière fois ce spectacle incroyable. Là, il constata que les automobiles avançaient presque collées les unes aux autres : - Comme c’est étrange ! Ces humains font vraiment preuve d’originalité. Voilà qu’ils ont mis en route des dizaines de chenilles interminables qui avancent sur ces longs rubans noirs. Ils sont encore plus lents qu’un escargot anémique ! Ils ont tout de même d’étranges idées. Chatouillé par sa curiosité, il descendit et se rapprocha de la dite chenille. Parvenu au-dessus d’elle, il se posa sur le bord d’une des routes. Bien cambré sur ses pattes, le regard encore troublé par ce qu’il constatait, il se tint un moment sans remuer. Avec effarement il constata le spectacle : - Les bipèdes sont vraiment très spéciaux ! Ils arrivent ici pour s’enfermer dans une ville prisonnière de murs immenses, ils se sont aventurés dans les rues étroites, aussi serrés que des poissons dans un banc, et les voilà qui recommencent ! Il observa le manège de milliers de personnes qui pénétraient dans leur automobile pour rentrer chez elles : - Vraiment dérangés ou loufoques ! Ne voilà t’il pas qu’ils s’engouffrent maintenant à plusieurs dans ces curieuses boites en métal qui avancent bruyamment sur des cercles toujours en mouvement. Ils doivent être plus à l’étroit que nous dans la grotte, là dedans ! Cette scène le décontenança : - C’est à n’y rien comprendre. Ils font vraiment preuve d’un comportement étrange. Et dire que cet été ils vont recommencer. On va les voir déferler par troupeaux, envahir et coloniser la région. Non contents de coloniser, ils vont finir par s’entasser sur les plages, tous plus serrés que des abeilles dans un essaim. Ils savent ce que veut signifie vivre en liberté au grand air ces bipèdes ? Incompréhensible et absurde. C’est à y perdre son miaulement ! Lassé de ce tableau qui le navrait, il courut, battit des ailes et s’envola au-dessus de la route. D’un regard vers la ville, il comprit quelle direction prendre, s’orienta et se retrouva avec le soleil dans les yeux : - Ah ! Il va falloir que je grouille sinon je vais arriver à la nuit et j’en connais qui vont s’impatienter et se faire du mouron. Il se retrouva face à l’ouest et sentit le vent qui le fouettait de face : - Aïe ! Je l’avais prévu. Ce ne va pas être une mince affaire ce retour. Voilà que je vole vent debout comme disent mes copains marins. Il repartit le long des côtes, se fiant aux endroits typiques qu’il avait repérés lors de son vol aller. Parvenu à mi-chemin, l’oiseau sentit que le noroit redoublait de force. Il réalisa : - Aaahhh ! Je change vraiment d’environnement cette fois. Adieu petits coins de ciel bleu et mer calme ! Maintenant, Il va falloir penser aux choses sérieuses. Pour se donner du cœur au ventre, il s’encouragea et se lança « in petto » : - Allez, Courage ! Vole Anatole ! Fonce Alphonse ! Sitôt exprimé ces quelques mots, des coups de vents le fouettèrent de trois quarts. - Allez Alphonse ! A toi de leur faire face et d’affronter leurs coups. Y mettant toute son énergie et sa volonté de réussir sa mission, Becauvent battit des ailes de plus belle, guettant le moindre courant ascendant pour se laisser porter et prendre le temps de se requinquer. A sa grande surprise, son vol ne se déroulait pas si mal que cela ; il sentit en lui assez d’énergie pour résister aux assauts des vents. A l’insu de l’oiseau, la force insufflée part Bricta faisait son œuvre. Il continua à avancer, serrant bien fort son sac dans son bec mais relâcha petit à petit son attention. Une bourrasque brutale et des vents tourbillonnants le secouèrent dans tous les sens. Le temps de retrouver son équilibre, Becauvent jura : - Fiente de poussins ! Tanière de fiente ! Quels traitres ces courants d’air ! Même pas fichus de prévenir avant de porter un coup. Ah ! Vous vous voulez jouer avec moi ? A malin, malin et demi ! Il descendit vers un village et longea les murs et les maisons, volant à ras de terre. Comme il l’avait prévu, ces édifices faisaient bien office de coupe-vent. Alors qu’il avançait, il reconnut quelques paysages et comprit qu’il approchait du but. Sa joie ne dura pas longtemps : rapidement, le goéland fut au regret de s’apercevoir que le vent avait doublé de puissance. Il n’en eut cure et son vol devint plus puissant pour faire face à cet adversaire. Après une longue distance parcourue contre les éléments, Becauvent dut se rendre à l’évidence : une légère baisse de régime avait envahi ses ailes. Il se résolut à s’arrêter en cours de chemin dès que possible pour se reposer et se rassasier. Après une très courte pause, il reprendrait son voyage, se protégeant de son mieux du vent. Harassé, Becauvent finit par apercevoir au loin ce qui était peut être son salut. : - Enfin ! Je vais pouvoir me poser et reprendre des forces. Je commençais à désespérer. Fourbu, il se donna du courage en se répétant : - Allez Becauvent, un dernier effort et tu pourras te reposer un peu. Il se lança dans un vol ramé tout en serrant le bec : - Ne lâche pas ton trésor Becauvent ! Tiens bon ! Tiens bon ! Menant un beau combat contre les vents, il fonça jusqu’à un petit village que fouettaient les vents et la pluie. L’oiseau épuisé pénétra dans la bourgade et se posa au beau milieu d’une rue totalement vide. Il décida de faire une halte à cet endroit pour y satisfaire sa fringale et se désaltérer. C’était un petit bourg calme avec quelques maisons sages aux murs en granit gris et aux toits d’ardoises. Des maisons dont les cheminées laissaient s'évader des filets de fumée fuligineuse que dispersaient les vents. Les rues, désertes, étaient luisantes de pluie et la place restait totalement vide. Devant ce village presque sans vie, il se fit la remarque : - Il n’y a pas que nous qui nous terrons à cause de la tempête ; les humains la fuient tout autant que nous. Même les chiens et les chats ne sortent pas ! Il vola dans l’une des rues et aperçut des tables à la terrasse désertée d’un bistrot. La pluie avait du surprendre les occupants car des verres à moitié vides se tenaient encore sur les tables. Quelques morceaux de pain avec de la viande trainaient à côté des verres. L’occasion qui lui était offerte était trop bonne pour ne pas la saisir : - Comme quoi une petite bourrasque et un coup de fatigue ont du bon ! Allons voir ce qu’ils proposent au menu ! Il se posa sur une des tables et commença à humer le liquide dans les verres pour se faire une idée. Il y avait de tout et Becauvent n’eut que l’embarras du choix : - Voyons, cette boisson jaunâtre avec de la mousse qu’est ce que cela vaut ? Il trempa son bec et but à plusieurs reprises. - M’ ouais ! Pas mauvais ! Ça a un goût spécial mais ça se boit ! Et ça est-ce aussi délectable ? Il trottina vers un autre verre : - Voilà un tout autre breuvage. Ce rouge foncé, cette couleur me font penser aux coraux décrits par Onduline. Voilà qui donne envie. Il trempa son bec dans le second verre et sirota : - Pas mauvais mais un peu aigre pour moi. Encore que … J’ai l’impression que ça me réchauffe. Oh ! Je dois me tromper. Il plongea de nouveau son bec dans le liquide rouge. - Non ! Finalement je préfère celui avec de la mousse. Il changea de verre et but à qui mieux mieux jusqu’à plus soif. - Ahhh ! Ça fait du bien ! Voilà ce que j’appelle se désaltérer. Maintenant à table. Becauvent ne fut pas long à repérer une autre table sur laquelle gisait un bout de pain. Il vola vers elle. Sitôt posé, il picora dedans et arracha la mie et les morceaux de viande insérés à l’intérieur. - Délicieux ! Ces humains possèdent au moins une qualité. Ils gaspillent beaucoup mais qu’est ce qu’ils savent choisir leurs victuailles ! Il faudra que je raconte cela à mes amis. Voilà qui me change de mes poissons et de ce que je ramasse dans les tas de saloperies qu’ils abandonnent. Lorsqu’il eut terminé de se repaître, le goéland s’abrita derrière un mur et somnola. Conscient de la tâche qui l’attendait, il pensa : - Une petite sieste réparatrice ne serait pas superflue ; ainsi, je serai d’attaque pour finir cette expédition. Il posa son sac près d’une de ses pattes et somnola quelques minutes. Le souffle sourd d’un coup de vent qui s’engouffrait sous un porche, le réveilla en sursaut : - Oh là ! Qu’est ce qu'il ce passe ici ? Il réalisa rapidement ce qu’il faisait au sol : - Qu’est ce qu’il m’a pris de dormir ? Si je ne mets pas en route maintenant, jamais je n’arriverai avant la nuit dans la caverne ! Il saisit son sac, le coinça dans son bec, battit des ailes lentement et prit son essor. Malgré la puissance du vent, il sut faire front sans baisser de rythme. Alors qu’il progressait, une rafale violente le secoua dans tous les sens. Le goéland tenta de reprendre son équilibre en rouspétant : - Oh ça va ! Ce n’est vraiment pas le moment ! A peine s’était-il tu qu’une seconde rafale, plus dense, le poussa contre un mur. Il se cogna contre la masse de pierre et ramassa un sévère horion. Un peu sonné, Becauvent tomba à terre. Tout en bafouillant des borborygmes, il tituba. Après un moment, il se remit de ses esprits, ramassa son sac et la nourriture qui s’était éparpillée et reprit son vol en maugréant après la rafale. Il lutta contre des vents cinglants qui devenaient de plus en plus difficiles à vaincre. C’est alors qu’un tourbillon le fit descendre brusquement. Il chuta dans un trou d’air : brutalement, le goéland glissa vers le sol puis fut aspiré vers les cieux sans qu’il ait eu le temps de réaliser. D’un coup d’aile vigoureux, il effectua une remontée rapide tout en tentant de garder son équilibre. Une fois repris de la hauteur et son vol stabilisé, il laissa éclater son mécontentement et hurla : - Eh ! Oh ! Eole ! Je sais que tu es un gai luron et qu’avec ta bande de joyeux drilles vous adorez faire des blagues pour vous détendre. Il ne faudrait pas trop abuser quand même ! Le pleur devint grinçant et plus haut : | |||||